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Critique
"1:54" : une bouleversante et utile course contre la vie
Paru le 16/03/2017 (mis à jour à 13:15:20)
Note rédaction
Note internautes

Pour son premier long métrage, le Québécois Yan England n'y va pas par quatre chemins et aborde sans détour un sujet encore trop souvent tabou : le harcèlement scolaire. Un thème que l'on choisit souvent de traiter de manière trop comique, trop tragique ou en faisant de celui qui subit le héros de sa propre histoire. Il n'en est rien ici. Un véritable cas d'école.

Québec, de nos jours. Tim (Antoine-Olivier Pilon), 16 ans, vit seul avec son père (David Boutin) et passe ses soirées à inventer de nouvelles expériences pour ses cours de physique au lycée avec son meilleur ami, Francis (Robert Naylor). Brimés tous deux par leurs camarades pour différentes raisons, ils se rendent compte que leurs histoires scientifiques n'intéressent pas grand monde, ou pas pour les bonnes raisons. Un drame va alors changer la vie de Tim et lui donner envie de passer outre sa vengeance dans un premier temps en se remettant à la course, discipline qu'il maîtrisait fort bien à l'âge de 12 ans, en se donnant pour objectif de battre tous les records, mais pas seulement.

Oscillant sans cesse entre remords et obstination, Tim va finir par se laisser un peu trop aller lors d'une soirée arrosée organisée par ses acolytes de course, ce qui va définitivement mettre un terme à sa pseudo-tranquillité et laisser place à un harcèlement sans nom. Pour que son secret ne devienne pas très vite viral, il doit arrêter la course, ou du moins ne pas battre son ennemi de toujours, Jeff (Lou-Pascal Tremblay). Prêt à abandonner, sa colère va finalement se transformer en rage de vaincre le chronomètre, au prix peut-être de sa liberté. Pendant ce temps-là, la seule personne de l'équipe qui le soutient, Jennifer (Sophie Nélisse), et son coach (Patrice Godin) vont tout faire pour le motiver au maximum et ne pas laisser les autres gagner.

Alors que ces mêmes autres le poussent de plus en plus à bout, Tim va tenter de faire fi de leurs bassesses pour arriver au plus haut par lui-même en s'entraînant la nuit qui, de toute façon, ne lui apporte plus que des cauchemars. Il rêve ainsi d'atteindre son objectif et d'accéder à la finale de la province afin d'être qualifié pour le championnat national qui ne prend qu'une personne par province. Son père, toujours très inquiet pour lui, le voit ainsi évoluer de façon positive et le croit hors de danger, aussi bien pour lui que pour ses camarades. Les événements vont malheureusement en décider autrement, malgré de très bonnes prestations au niveau sportif.

Avant toute chose, et parce que ça n'apparaît pas de façon évidente dans la bande annonce, ce film ne traite pas seulement de la rivalité entre deux coureurs dans un lycée qui souhaiteraient chacun atteindre la meilleure place. Non, loin de là. Ce film aborde avec brutalité et réalisme le harcèlement que subissent encore aujourd'hui bon nombres d'élèves de collèges, lycées, ou peut-être même avant cela. Adolescents, comme depuis toujours, certains veulent s'affirmer et s'attaquent à ceux qui sont tout sauf des semblables afin de prendre les devants, de faire porter toute l'attention sur un(e) autre qu'eux et de passer pour celui qui est "cool" et qui maîtrise sa propre individualité. Les plus fragiles mentalement ne sont alors pas forcément ceux que l'on croit, mais on ne le réalise généralement que bien plus tard. Parfois trop tard.

Il est de nos jours bien plus facile de harceler ses congénères, notamment grâce à Internet et aux réseaux sociaux, qui n'ont alors plus rien de vraiment social, et certains jeunes se retrouvent effectivement au bout d'un réseau composé de personnes liguées contre eux alors qu'ils n'ont fondamentalement rien fait de mal. On peut alors se demander si les pires sont ceux qui commencent les moqueries, qui mènent parfois au pire, ou ceux qui suivent sans rien dire, souvent pour ne pas que l'on se moque d'eux à leur tour. Il est un âge où l'apparence et les fréquentations jouent un rôle fondamental dans le regard des autres et ce film en est la parfaite illustration. On peut très facilement détruire une jeunesse, certes pas toujours classique et dont on ignore où elle va nous mener, en la jugeant négativement ou "anormale".

Révélé au grand public international dans Mommy, de Xavier Dolan, Antoine-Olivier Pilon se révèle aujourd'hui à lui-même dans ce rôle non pas plus puissant dans le jeu, mais plus fragile, plus humain, plus démonstratif aussi. Yan England, le réalisateur, qui est aussi animateur au Québec, a avoué qu'il avait pensé à lui en le rencontrant dans un contexte totalement distinct, à savoir une émission dans laquelle le jeune acteur devait sauter à l'élastique au profit d'Amnesty International. Il a alors fait la connaissance d'un jeune homme timide et renfermé qui est presque devenu un étranger au moment de sauter, faisant preuve d'une grand énergie et d'une espèce de regain de confiance, comme si le challenge l'avait complètement changé. C'était un peu l'incarnation de Tim avant l'heure. Les autres jeunes acteurs ne sont pas en reste question talent. A noter que le film a mis quatre ans pour se faire et que tout cela s'est passé avant Mommy. L'ironie réside ici dans le fait que dans 1:54, le personnage a perdu sa mère, ce qui donnerait certainement encore à creuser d'un point de vue psychologique.

A part peut-être We Need To Talk About Kevin, sorti en 2011, dans lequel une mère sent que son fils a en lui bien plus qu'une simple colère d'adolescent incompris, on réalise que ce film n'a pas réellement d'équivalent, si ce n'est peut-être des téléfilms américains vus et revus ou, plus récemment, Marion, 13 ans pour toujours, un téléfilm français racontant l'histoire vraie d'une jeune fille française qui a préféré se donner la mort plutôt que de continuer à subir un harcèlement incessant dont son entourage n'avait aucune connaissance. On pense aussi aux nombreuses tueries qui ont eu lieu aux Etats-Unis ces dernières années dans les lycées ou les campus, mais ce n'est pas exactement le même sujet. Tim n'a que ses pieds pour se défendre et leur prouver sa valeur alors qu'ils ont Internet, en quelque sorte la nouvelle arme de destruction massive d'estime de soi. Fort heureusement, pas besoin de connexion, si ce n'est une connexion humaine, pour lire clairement le message de ce film troublant, brutal, puissant et surtout nécessaire.

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