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Critique
"A Cure for Life" : une fin qui prend l'eau
Paru le 02/03/2017 (mis à jour à 00:33:23)
Note rédaction
Note internautes

Après la saga Pirates des Caraïbes et les westerns Rango et The Lone Ranger, le réalisateur Gore Verbinski délaisse Johnny Depp et revient à ses premières amours avec ce thriller dramatique teinté d'horreur et de passé dont on ne se défait jamais. Une fois dans cette fameuse cure thermale, on en ressort aussi hanté que le château dans lequel elle a lieu. Du moins, si on a la chance d'en ressortir...

Etats-Unis et Suisse allemande, de nos jours. Lockhart (Dane DeHaan), un talentueux jeune trader de New York dont on ne connaîtra jamais le prénom, se retrouve malgré lui dans les Alpes suisses afin de ramener à ses patrons le décideur ultime et de finaliser une fusion cruciale à la survie de leur société. Arrivé sur place, au beau milieu d'une forêt perdue où aucun réseau ne passe, il pense y rester à peine quelques minutes, puis repartir comme si de rien n'était le soir même avec un certain M. Pembroke, qu'il n'a accessoirement jamais rencontré. C'était compter sans la force quasi incontrôlable de l'endroit et de ses dirigeants. Presque trop bien reçu par le personnel, aux allures humaines mais à la parole de robot, ainsi que par les curistes présents, de toutes les nationalités et tous fascinés par la jeunesse de Lockhart, il se demande où il a mis les pieds dès le début.

C'est alors qu'au moment de partir, il subit un accident qui le force à rester encore un peu, le temps de se remettre, du moins le croit-il. Pris dans les filets de ce lieu que personne ne semble vouloir quitter, Lockhart comprend vite qu'ils sont tous invités à rester pour leur plus grand bien (d'où le titre original : A Cure for Wellness, soit "une cure de bien-être") et qu'aucun n'y voit un quelconque danger, bien au contraire. Seule une femme, intriguée par le passé de ce château isolé, enquête sur l'histoire sinistre et incestueuse vécue 200 ans plus tôt par les premiers occupants, bien avant que les bâtiments ne soient transformés en chambres pour des personnes ayant, au départ, simplement choisi de faire une pause.

Remarquant la population vieillissante du centre, à mi-chemin entre une publicité pour une convention obsèques et le décor de The Knick (série hospitalière dont l'action se déroule en 1900), Lockhart ne sait plus vraiment où il se trouve, ni à quelle époque, ni tout simplement qui il est. Le temps lui-même s'étant comme arrêté à son arrivée, il finit, comme les autres, par se complaire, avec plus ou moins de volonté, dans les soi-disant soins prodigués. Toujours pour son bien, évidemment. Mais les recoins interdits d'accès et les éléments aussi perturbateurs que troublants vont aiguiser sa curiosité, à ses risques et périls. C'est là qu'il va notamment rencontrer Hannah (Mia Goth), une jeune fille aux pieds nus pensionnaire du centre depuis sa plus tendre enfance, mais à qui la famille ne rend jamais visite. Le début d'une rocambolesque sombre histoire.

Autant être claire, on est très loin de Marion Cotillard dans Mal de pierres, sorti en 2016 et dont l'action (et le manque d'action) se déroule également dans une cure suisse. On est aussi très loin du groupe de rock The Cure qui, pardon d'en décevoir certains, n'a rien à voir avec le film. Mais alors, vraiment rien, et c'est presque dommage. Non, là, on est plutôt dans une ambiance Twin Peaks qui rencontrerait Shutter Island, mais sans le meurtre du premier ni la fin géniale du second. D'un côté, une atmosphère sans âge, comme figée dans le temps, et de l'autre, des personnages comme hypnotisés qui se prétendent en forme mais n'en ont plus réellement. On est un peu comme dans une secte qui ne donne pas du tout envie d'aller faire un tour de ce côté de la Suisse.

Jusqu'à l'arrivée d'Hannah, on arrive à suivre. Mais survient ensuite le moment tant attendu du dénouement, et là, c'est le drame. Comme souvent dans ce genre de films, on est un peu déçu par la fin alors qu'on en espérait tant. Peut-être trop au vu de la très bonne qualité du début. Car bien qu'on ait à peu près compris le pourquoi du comment depuis un petit moment, on a hâte de voir comment tout cela va nous être expliqué, et surtout quelle fin on va nous proposer : une explication qui tient debout ou quelque chose qui va trop loin ? Malheureusement, ici, c'est la deuxième option qui prévaut. Que l'on croie ou non au côté surréaliste de l'histoire n'est pas réellement le propos. Il s'agit surtout de la manière de l'étayer et de la raconter en images. C'est vraiment ce qui pèche dans ce cas précis.

Le pire, c'est que l'on passe plus ou moins allègrement au-dessus des incohérences qui se sont accumulées depuis le départ afin de rester jusqu'au bout. Par exemple, pourquoi personne ne s'étonne de l'absence de visiteurs ? Comment une jeune fille qui n'a pas prononcé un mot avant l'âge de 11 ans, dont la langue maternelle est l'allemand et qui a passé toute sa vie dans un centre de cure peut-elle parler aussi bien anglais ? Pourquoi lui faire boire une bière alors qu'elle a l'air d'avoir à peine 15 ans et n'est jamais sortie de son château ? Bref, quelques interrogations qui ne font qu'accroître le désordre ambiant, mais dont on se dit qu'on aura bien des réponses à un moment ou à un autre. Il n'en est pourtant rien et la fin du film nous plonge littéralement dans les abîmes d'une histoire dans l'Histoire, ce dont on se doutait, mais à la limite du trash et de manière bien trop irréaliste. Déjà que l'idée de base n'est pas très plausible, mais qu'il peut plaire à certains d'y croire, on atterrit en quelque sorte dans un film d'horreur de bas étage avec un air nauséabond de pédophilie durant les dernières minutes.

Au-delà de la fin, on ne peut nier que ce film possède un suspense qui nous accroche et nous intrigue dès le début. On se demande tout le long si nos doutes sur certaines personnages se concrétiseront ou non, et rien que pour cela, cette cure vaut le détour. Les acteurs sont bons et nous prouve qu'on n'a pas besoin d'être de première jeunesse pour avoir du talent. La morale nous laisse un peu sur notre faim dans la mesure où elle n'a rien de décent ni de pragmatique, mais quelque part, elle nous rassure aussi sur notre propre réalité. L'intrigue se révèle finalement intéressante et bien développée, bien qu'un peu longue à se mettre en place. Gore Verbinski nous avait toutefois habitués à moins de fioritures, notamment dans The Ring (Le cercle), où il avait su éviter les débordements américains typiques afin de respecter au mieux la version originale japonaise, tout en modifiant le script de départ. Si l'objectif est de nous faire réfléchir de façon originale à notre quête perpétuelle de jeunesse, il est atteint, mais pas autant que les pensionnaires du centre. 

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