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Critique
"American Honey" : tribulations d'une jeunesse pas si dorée
Paru le 01/03/2017 (mis à jour à 23:27:11)
Note rédaction
Note internautes

Véritable ovni du dernier Festival de Cannes, ce road trip original et perché sur les péripéties d'un groupe de jeunes Américains qui traversent le pays simplement pour vendre des magazines impressionne par sa durée (2h43) mais, heureusement pour nous, pas seulement.

Etats-Unis, de nos jours. Star (Sasha Lane) est une jeune fille de 18 ans en proie à une vie de famille chaotique avec une mère absente, un père violent et plus enclin à s'occuper d'une bonne bouteille que des deux plus petits, dont Star a la charge forcée. Sans le sou et pas forcément le meilleur exemple non plus pour son frère et sa soeur, elle décide sur un coup de tête de suivre un groupe de jeunes vendeurs itinérants après avoir fait la connaissance de Jake (Shia LaBeouf) dans un supermarché et après avoir rendu sa progéniture à sa mère, en se disant que de toute façon, sa vie peut difficilement être pire. On la comprend un peu.

Commence alors pour elle un périple sans commune mesure à travers l'Amérique la plus profonde, et donc pas la plus clinquante, en compagnie de tout ce petit monde. Des jeunes qui, pour la plupart, ont fui comme elle leur famille et leur vie misérable, sauf peut-être Krystal (Riley Keough), qui dirige les ventes et par conséquent l'existence de chacun d'entre eux dans le groupe, mais aussi à l'extérieur. Attirée par Jake, considéré par les autres comme le larbin de Krystal, Star va ainsi apprendre la vie en communauté, la dure loi du travail, mais aussi la manipulation ou encore la trahison, le tout en devant vendre des magazines dont elle se contrefiche, un peu comme les autres vendeurs, mais qui, au-delà de l'argent, représentent sa seule porte de sortie et la seule liberté à laquelle elle a eu droit jusque-là.

Ce portrait d'une certaine jeunesse laissée pour compte nous donne tout d'abord une image bien différente des Etats-Unis et du fameux rêve américain que l'on vend encore souvent aux adolescents du monde entier comme un eldorado. On est toujours au bord du cliché et le fait de vendre aux plus riches nous permet de voir le contraste qui peut exister entre les différentes classes sociales dans ce pays aux mille visages. On réalise très vite que la plupart de ces jeunes sont à le recherche d'une nouvelle famille, qu'ils pensent avoir trouvée en intégrant ce groupe hippie prônant la liberté avant tout, mais dans lequel ils sont tout de même surveillés, comme s'ils recherchaient quelque part aussi une forme d'autorité qu'il n'ont jamais connue en la personne de Krystal.

Au-delà des bagarres prévisibles liées à la vie avec cette nouvelle famille que chacun doit apprivoiser, on est toujours au bord du drame lié, cette fois-ci, au caractère impulsif de la plupart de ces nouveaux adultes qui sont encore bien souvent des enfants dans leur tête et aux substances qu'ils partagent sans retenue. Ils pensent ainsi que mentir à leurs potentiels acheteurs est le seul moyen de vendre et de payer cette liberté qui leur est si chère sans réaliser qu'ils sont sous la coupe d'une personne vénale et sans scrupules qui ne pense qu'à écouler sa marchandise. Ils pensent également que vendre aux plus riches est plus simple car ils ont les moyens et que la fin justifie, justement, les moyens utilisés, quels qu'ils soient. C'est la raison pour laquelle on est aussi tout le long au bord du danger, certains n'hésitant pas à donner de leur personne pour amasser de l'argent, faisant fi du fait que ce ne sont pas leurs charmes qu'ils sont censés proposer à la vente.

La musique joue une part essentielle dans le rythme du film, mais aussi dans la vie de ces jeunes. Elles les rassemblent et leur permet de mieux se connaître. Le titre du film, American Honey, est d'ailleurs en premier lieu une chanson du groupe de country Lady Antebellum, à qui l'on doit le titre Need You Now, sorti en 2009, leur seul vrai succès en France. En plus de cette chanson en forme d'hymne, le film est truffé de morceaux de rap et de hip-hop typiquement américains qui nous plongent un peu plus profondément dans cette sous-culture assez méconnue en Europe. A noter qu'Andrea Arnold, bien que britannique à la base, s'est inspirée de sa propre vie pour créer le personnage de Star et a partagé le quotidien d'un de ces groupes pendant un temps.

Souhaitant une réalisation la plus naturelle qui soit, elle a d'ailleurs décidé de prendre des acteurs non professionnels pour la plupart des rôles, y compris celui de Star. Elle a ainsi sillonné les routes de ces Etats américains un peu oubliés à la recherche de perles rares sur des parkings ou dans la rue pour des castings aussi sauvages que ses personnages. En dehors de Shia LaBeouf et Riley Keough, la majorité des acteurs de ce film sont donc novices. Est-ce que cela se voit ? Honnêtement, pas vraiment. Toute la petite troupe a par ailleurs tenu à vivre l'expérience jusqu'au bout, n'a donc dormi que dans des motels bon marché comme ceux que l'on voit dans le film, a réellement traversé une partie du Midwest et n'a emmené avec elle que très peu de techniciens durant les 56 jours de tournage.

La performance des acteurs peut-elle donc être jugée ? Pour ce qui est des acteurs professionnels, oui, et ils s'en sortent bien. Shia LaBeouf ne livre pas une prestation extraordinaire, car ce n'est pas vraiment un rôle à contre-emploi. On sent que ce genre de personnage lui colle à la peau. Peut-être voulait-il simplement donner une image différente de lui en acceptant ce rôle ? On l'ignore, mais on ne peut nier que ce côté incontrôlable et fougueux en proie à des démons qu'il contrôle justement mal lui va bien et semble lui correspondre plus qu'il ne veut bien le prétendre. Assez méconnue en France malgré une filmographie relativement fournie pour son âge, Riley Keough, accessoirement fille de Lisa Marie Presley et petite-fille du King, impressionne dans ce rôle froid mais avec une présence et un charisme incontestables. Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, ce film sonne finalement comme le témoignage d'une génération négligée qui se cherche dans l'immensité d'une nation toujours entre deux extrêmes, comme un cri à la fois de liberté et de détresse face à une réalité qu'ils n'ont pas choisie et qu'ils décident de façonner à leur manière, sans forcément y mettre les formes.

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