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Critique
"Baby Phone" : un air agréable mais déjà entendu
Paru le 10/03/2017 (mis à jour à 18:28:10)
Note rédaction
Note internautes

Réalisateur de courts métrages, Olivier Casas nous présente ici son premier long métrage aux allures de pièce de théâtre. Un huis clos plus très intime au sein d'une bande d'amis et d'une famille qui a, semble-t-il, beaucoup de choses à se dire, sans forcément le vouloir. Un film bien moins futile qu'on pourrait le croire en dépit de quelques similitudes avec d'autres scénarios.

Paris, France, de nos jours. Ben (Medi Sadoun) et Charlotte (Anne Marivin) ont une petite fille de cinq mois, mais ont du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois, notamment en raison du métier aléatoire de Ben, auteur-compositeur passionné qui refuse de reprendre l'usine de son père et préfère croire en ses rêves de musique. De leur côté, ses amis Simon (Pascal Demolon) et Nathan (Lannick Gautry) s'en sortent financièrement beaucoup mieux, mais se battent avec leurs propres démons intérieurs. L'un, homosexuel et producteur de musique à succès, joue les nounous de luxe pour une chanteuse quelque peu diva (Barbara Schulz) tandis que l'autre, chirurgien de son état, multiplie les conquêtes féminines mais n'est pas heureux pour autant.

Un soir, alors que Ben a invité ses amis et ses parents (Michel Jonasz et Marie-Christine Adam), au grand dam de Charlotte, les langues vont très vite devoir se délier. La cause ? La baby phone présent dans la chambre de la petite qui a permis à Simon et Nathan de dévoiler en à peine quelques minutes de très lourds secrets qui risquent fort de mettre en péril leur amitié, le couple apparemment banal que forment Ben et Charlotte, voire la famille de Ben. La soirée va donc vite dégénérer en règlements de comptes où tout le monde va avoir l'occasion de dire ce qu'il a sur le cœur, parfois depuis longtemps, de façon pas toujours très diplomate. Entre sous-entendus et malentendus, les explications ne font finalement que commencer.

Même si Olivier Casas, qui signe donc là son premier long métrage, a voulu, selon ses dires, éviter l'effet pièce de théâtre, la comparaison reste inévitable en raison d'un décor assez figé, en l'occurrence l'appartement du couple, une bonne partie du film. On se retrouve dans un huis clos où chacun, bien que déjà enfermé dans ses propres mensonges ou dénis, va aussi se retrouver d'une certaine façon enfermé dans un lieu d'où ils pourraient en fin de compte tous se sauver s'ils en avaient vraiment envie. On ressent ainsi particulièrement bien le malaise général qui, sous forme tragi-comique, fait ressortir le pire de chaque invité, y compris ceux qui n'ont pas grand-chose à faire là, à l'image du personnage de Barbara Schulz, qui se demande un peu comment elle est arrivée dans ce quiproquo généralisé.

Il y a évidemment dans ce film des airs de déjà-vu qui nous font encore penser au théâtre, avec notamment l'idée du Prénom, avec Patrick Bruel, et dont le film, sorti en 2012, était basé sur la pièce du même nom, ou encore Cuisine et dépendances, dont la version cinématographique était sortie en 1993 après avoir été adaptée d'une pièce jouée deux ans plus tôt et écrite par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, tous deux également acteurs principaux dans le film. Dans les deux cas, l'action se déroule entièrement dans un seul appartement, un peu comme ici, et deux groupes mélangeant amis et famille s'avouent leur quatre vérités sur un ton à la fois drôle, cru et profond. La seule différence réside dans le fait qu'ici, il s'agit en réalité de l'adaptation d'un court métrage du même Olivier Casas, qui a donc décidé de passer à un scénario plus abouti, et aussi plus risqué, sur grand écran. On notera qu'il a aussi décidé de garder les comédiens Pascal Demolon et Marie-Christine Adam, déjà présents dans la première version, pour l'accompagner dans cette aventure.

En outre, en raison de la présence de certains acteurs, il est aussi à noter que l'on pourrait se croire à certains moments dans une série télévisée, d'où le pari d'autant plus osé d'en faire un "vrai film". En dehors de Pascal Demolon, plus connu pour ses seconds rôles dans des films tels que Elle l'adore ou Radiostars, et ce, malgré sa participation à Kaamelott, d'autres protagonistes nous font immédiatement penser à la petite lucarne. Lannick Gautry, par exemple, a été aperçu dans bon nombre de téléfilms, notamment avec Claire Keim, ou de séries comme Maison close, Alice Nevers, Le mystère du lac, avec déjà Barbara Schulz, ou plus récemment La vengeance aux yeux clairs, avec Laëtitia Milot dans le rôle principal. Et puis, comment ne pas penser à la série Sous le soleil en découvrant (enfin) Marie-Christine Adam dans un rôle au cinéma ? Une fois encore, elle joue le rôle d'une mère assez autoritaire, mais elle ne manque pas de dérision et se montre finalement moins froide qu'elle en a l'air au premier abord.

De son côté, la très prolifique Anne Marivin (déjà quatre films en ce début d'année) nous prouve qu'elle peut tout faire, bien qu'elle soit malgré elle cantonnée aux rôles comiques depuis le succès de Bienvenue chez les Ch'tis, qui l'a fait connaître du grand public. Elle oscille ici entre comédie et tragédie et se montre tout aussi convaincante dans les tirades les plus acerbes ou les scènes les plus émouvantes (car oui, il y en a). La trop rare Barbara Schulz joue parfaitement de son image et nous prouve qu'elle peut aussi faire preuve d'une certaine autodérision. Enfin, c'est un Michel Jonasz quelque peu narcoleptique et toujours enjoué qui apporte un véritable vent de fraîcheur parmi cette bande tourmentée par la vie et les non-dits.

En résumé, ce long métrage n'apporte donc, en soi, rien de bien nouveau, mais on ne peut pas dire que ce soit un vrai copier/coller d'autres films pour autant, et ce, pour plusieurs raisons : tout d'abord, bien que l'action principale ait lieu dans un seul et même appartement, on en sort tout de même de temps en temps afin de ne pas lasser le spectateur qui pourrait, à l'instar des personnages, ressentir un sentiment d'étouffement. C'est d'ailleurs assez paradoxal car l'air de cette soirée devient de plus en plus lourd et irrespirable à mesure que certains démontrent avec aplomb qu'ils ne manquent vraiment pas d'air.

De plus, la musique tient une place aussi essentielle que la vérité, qu'elle soit simplement en fond sonore ou intégrée dans l'histoire, et permet d'ailleurs d'en dire parfois plus que les mots de façon très touchante, notamment grâce à un Medi Sadoun étonnant de sincérité. L'ensemble de la bande originale donne aussi un certain rythme au film et nous emmène dans un univers à la fois fait de gloire et de paillettes, souvent faussement brillantes, mais aussi de doutes et d'échecs, ce qui rend le tout assez réaliste. Voir des stars du cinéma ou de la télévision se prêter ainsi au jeu de la pseudo-célébrité les rend plus humains qu'on pourrait le penser. En résumé, c'est un film qui fait du bien, mais pas seulement. Il nous fait aussi réfléchir à nos propres amis, notre famille, à nos propres aveux et désaveux, et même à nos propres envies. La fin est évidemment un peu téléphonée, mais le talent et l'humour, même noir, ne manquent pas à l'appel.

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