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Critique
"Chacun sa vie" : on est loin de la "petite mort"
Paru le 23/03/2017 (mis à jour à 10:10:43)
Note rédaction
Note internautes

Un nouveau film de Claude Lelouch est toujours un événement, et ce, depuis ses débuts avec notamment "Un homme et une femme", Palme d'or au Festival de Cannes en 1966. Malheureusement, on dirait qu'aujourd'hui, à trop vouloir bien faire, ses idées s'essoufflent. Cette 46e réalisation s'en ressent malgré un casting impressionnant.

Beaune, France, de nos jours. Tout débute durant un véritable concert de Johnny Hallyday, dans son propre rôle, où nous rencontrons de nombreux personnages dont nous allons suivre les aventures par la suite, sans savoir qu'ils ont tous plus ou moins un lien. Ensuite, nous suivons le début d'un procès avec un président de tribunal relativement connu de tous, en la personne d'Eric Dupond-Moretti, véritable avocat médiatique, qui juge ici des accusations qui semblent très graves à l'encontre de quelqu'un qu'on ne voit pas tout de suite et qui est défendu par un avocat général à la verve puissante (Francis Huster). Un président qui profite de son temps libre pour rendre visite à une "amie" proche (Béatrice Dalle), dont le métier l'éloigne pourtant de la légalité. On devine assez vite qu'il va falloir reconstituer le puzzle de vie de l'accusé, mais aussi de tous les gens présents qui n'ont, a priori, rien à voir entre eux et qu'on ne connaît pas encore.

C'est alors qu'un festival de jazz en rue envahit la ville pour la 11e année consécutive. Nous faisons ainsi la connaissance, entre autres, d'Eugénie Flora (Liane Foly), dite Nini Jazzy, qui reprend de grands succès façon jazz sur une des places de la ville. Mais elle cache un secret : de gros problèmes de cœur, au sens physique du terme. Dans le même temps, nous rencontrons Nathalie (Julie Ferrier), dont la découverte de l'adultère de son mari (Gérard Darmon) avec un homme la conduit à l'hôpital, où elle rencontre elle-même à la fois Nini, mais aussi un médecin un peu original (Jean-Marie Bigard) qui tient absolument à faire sourire ses patients avec l'aide de son équipe, dont fait partie Jessica (Déborah François).

De son côté, Nadia (Nadia Farès) dirige d'une main de maître la radio qui diffuse le festival en direct tout en se débattant avec des problèmes personnels avec son ex-compagnon, Stéphane (Stéphane De Groodt). Le commissaire de la ville, interprété par Jean Dujardin, aperçu au concert de notre Johnny Hallyday national, n'en a pas complètement fini avec la star, mais il ne le sait pas encore. Il va être assisté par un ami flic (Antoine Duléry), lui-même frère jumeau du maire de la ville (Antoine Duléry, donc), afin de démêler le vrai du faux dans une sombre affaire de sosie. Et tout cela sans compter le chauffeur de taxi (Rufus) qui transporte tout ce petit monde, une contrôleuse fiscale (Chantal Ladesou) sans scrupules, un comte et une comtesse (Vincent Perez et Elsa Zylberstein) aux petits soins pour un Johnny qui n'est peut-être pas le bon, un rôle pas très glorieux pour Lola Marois, femme de Jean-Marie Bigard à la ville, une apparition presque trop furtive de Mathilde Seigner... On en passe et des meilleurs.

Vous n'avez rien compris ? Vous êtes déjà perdus ? C'est normal. L'idée d'un film chorale de ce genre est toujours bonne... en général. Seulement, ici, on sent que Claude Lelouch a voulu réunir le plus grand casting jamais intégré dans un même film, et du coup, on en perd rapidement notre latin. Il y a trop de monde, trop de liens entre les gens pour qu'on s'en souvienne tout le long et bien trop de scènes qui n'ont rien en commun pour que l'on parvienne à reconstruire une intrigue avec des bases solides, comme s'il y avait trop de personnes dessus, ce qui fait qu'elle s'écroule assez rapidement. Il faut sans cesse se remémorer qui est avec qui, qui a fait quoi quand, qui connaît qui, etc. Tout cela sans compter les jumeaux et autres sosies, ce qui fait qu'on ne s'en sort pas et qu'on entre petit à petit dans une spirale cérébrale un peu trop bondée pour nous laisser une bonne impression.

Toutefois, on ne peut pas dire, comme le font certaines critiques, que tout est à jeter. Ce n'est pas tout à fait vrai. La première chose qui étonne, c'est une espèce de fascination pour l'astrologie et les signes des personnages. Plusieurs d'entre eux vont s'en servir pour analyser une autre personne ou la situation dans laquelle ils se trouvent. Cela peut plaire à certains ou, au contraire, rendre le tout encore moins crédible, mais c'était un risque à prendre, ce qui rend ce choix assez louable. Un des autres points positifs réside paradoxalement dans le casting, qui n'a évidemment pas été choisi au hasard et qui rend bien à Claude Lelouch le privilège qu'on leur a donné à tous de tourner avec lui en incarnant avec talent tous ces personnages. On ne peut nier également que l'on rit de certaines scènes cocasses agréables à suivre avec des seconds rôles bien trouvés (mention spéciale à Raphaël Mezrahi).

Et puis, pour que l'on ne perde pas totalement pied au milieu de toute cette foule de stars, le réalisateur a choisi, la plupart du temps, de laisser leurs vrais prénoms aux acteurs, ce qui permet de ne pas trop chercher qui joue qui en plus du reste. Le seul souci, parce qu'il y en a un, c'est que cela peut empêcher le spectateur de s'attacher aux personnages ou de se décoller complètement des acteurs en eux-mêmes, en particulier ceux qui jouent leur propre rôle. Car contrairement à des films comme le récent Rock'n'roll, de Guillaume Canet, dans lequel chaque protagoniste joue également son propre rôle, on ne parvient pas à entrer de plain-pied dans l'histoire si on déconnecte un tant soit peu. Cela tient peut-être aussi au fait que les rôles ne sont pas assez exagérés, à l'inverse de Canet et consorts qui se lâchent trop pour être plausibles, mais en deviennent alors risibles, ce qui est le but recherché. Ce n'est pas le cas ici. Chacun interprète un individu assez lambda ou carrément un personnage qui lui colle à la peau, et c'est peu de le dire pour des gens comme Eric Dupond-Moretti ou Johnny Hallyday, mais jamais quelqu'un qui s'éloignerait totalement de sa vraie personnalité ou qui aurait pris un trait de celle-ci pour l'amplifier afin de nous faire rire et nous permettre de nous détacher de l'image que l'on a tous inconsciemment de ces gens.

Peut-être que, à l'instar de la série Six Degrees, évoquant la théorie des six degrés de séparation commune à tous (la possibilité que toute personne peut être reliée à n'importe quelle autre au travers d'une chaîne de relations comprenant tout au plus six maillons), le réalisateur a voulu nous faire comprendre que nous étions tous liés d'une façon ou d'une autre, mais c'est un peu raté. On ne peut pas dire que ce soit la catastrophe annoncée, mais on est toutefois loin des éloges des premiers films, c'est le moins que l'on puisse dire. A trop vouloir s'entourer d'amis ou ne faire de peine à personne, Claude Lelouch n'a pas pu faire un choix drastique dans le casting, ce qui aurait peut-être rendu le tout un peu plus digeste et moins fouillis. On met bien trop de temps à reconnecter les différentes pièces et on se perd dans un labyrinthe de saynètes qui n'ont souvent ni liens ni transitions. Aucun des acteurs ou presque n'est à blâmer, seulement un vrai manque de construction et d'explications claires. En bref, un film chorale qui nous fait vite déchanter et qui a du mal à nous atteindre en plein cœur en dépit d'une démarche honorable et d'une envie évidente. Malheureusement plus évidente que l'intrigue.

Pour en savoir plus sur Jean Dujardin :

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