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Critique
Nicolas Peyrac à voix traversière et guitare éclectique aux Mathurins
Paru le 05/01/2017 (mis à jour à 17:42:49)
Note rédaction
Note internautes

Nicolas Peyrac s’offre une escapade acoustique avec une escale parisienne au Théâtre des Mathurins. Un vagabondage musical émancipé et gorgé d’échappées belles. Comme une célébration du chemin accompli. Nous étions à sa première.

Nicolas Peyrac est à un âge où le libre tracé de sa vie ne s’écrit qu’à la seule pointe du plaisir, dans l’exacte vérité de ses désirs. Aussi, il a décidé de s’offrir une escapade acoustique aux quatre coins de l’Hexagone pour présenter au public des titres méconnus de sa discographie riche de 17 albums originaux avec une escale parisienne pour trois sessions acoustiques improvisées dans le bel écrin du théâtre des Mathurins. Entendez : un concert harnaché de sa seule guitare et durant lequel il se donne la liberté de chanter ce que ses envies du jour lui dictent. L’occasion de montrer au public comme il le précise au début de son concert que sa carrière ne se cantonne pas à trois tubes de plomb taillés pour surfer ad vitam aeternam sur les ondes de Radio Nostalgie. « Un jour, j’étais dans ma cuisine et je me suis dit que ce serait bien de chanter des chansons que j’aime beaucoup et qui sont planquées dans des albums, moins connues mais pas moins intéressantes. Le seul moyen pour ça, c’est d’être seul avec une guitare ».

Et, il est donc plus que temps de porter une attention à Nicolas Peyrac, auteur-compositeur-interprète qui mérite un écho plus que relatif et à la hauteur de son éclatant talent. Car, Nicolas Peyrac est bien plus qu’un guitariste aux pattes de velours. Il est un accélérateur de particules poétiques, un exhausteur de mélodie, un artiste libre qu’on ne perd jamais son temps à écouter avec un répertoire majeur et essentiel, mélancolique et accueillant. Un alter humaniste qui prend acte des errements de notre monde pour mieux en appeler au soulèvement de la beauté et de l'intelligence. Aussi, quoi de plus réjouissant que de venir se laisser gratter derrière l’oreille par ses chansons dans le cadre feutré et intimiste d’un théâtre ?

Avec toujours sa voix de soie intacte, il pioche à juste équilibre dans sa discographie ventrue en convoquant classiques intemporels ("So far away from L.A.", "Et mon père", "Le vin me saoûle"…) et raretés précieuses, voire méconnues ou inédites à l’instar de "C’était ça ma vie", titre inédit et sorte de carte de visite qui ouvre le concert et qui pourrait faire partie d’un prochain album. S’ensuivent des raretés comme "Ces mots qu'j'écris", "Les cocotiers bleus", "Tangerine Puppet" dont il doit le picking de guitare à Donovan et son instrumental sur l’album Summer Day Reflection Songs ou "Sébastien" qu’on avait (presque) oublié. Il nous embarque et nous emballe dans ses entrelacs mélodiques de "Colombo par Ceylan", en passant par son hommage à sa passion du cinéma avec "Casablanca" en passant par le sublime "Les vocalises de Brel", "Taos" jusqu’au Saint-Germain-des-Prés de Guy Béart, auteur qu’il a beaucoup écouté (il nous gratifia aussi de la sublime et trop méconnue chanson "Laura"). Éludant les temps morts, il émaille son tour de chant d'anecdotes sur la génèse de ses chansons (pour certaines écrites durant ses études de médecine) et un peu de sa vie. En toute liberté, il s’engouffre avec délectation dans les voies traversières d’un vagabondage musical émancipé comme une célébration du chemin accompli. Ici, Nicolas Peyrac fait gentiment sa loi et ne s'interdit rien. C'est un concert d'humeurs, gorgé d'échappées belles éclatées à l’instar de l’universel "Une peau que t’as pas" dont il dit l’avoir écrit en cinq minutes (Elle n'a jamais compris pourquoi/On n'lui a jamais dit/Que les hommes n'étaient pas si égaux que ça/Ça tient à pas grand-chose des fois/Qui tu pries quand t'as froid/Une peau que t'as pas), la subversive "On dit" qu’il aime à chanter avec son ami Bénabar (On dit comment va au fond on s'en fout / On dit j'le déteste on lui saute au cou / On n'a jamais rien sans rien / Au bal des faux culs y a la queue dehors) ou profitant de l’écrin guitare-voix du théâtre des Mathurins pour loger le pic sublime de son œuvre : "Ne me parlez pas de couleur", banni de certaines radios (à l’exception d’Europe 1 et France Bleu)  parce qu'"il risquait de déranger les ménagères".

Enfin, Nicolas Peyrac chanta a cappella un intense "Et la fête est finie" (Et la fête est finie / Sans bruit sans fureur / Je m'en vais retrouver ma famille, mon coin de vie, mes secrets / Sans jamais oublier / Qu'un jour on s'est aimé / Comme pour retenir l'éternité) avant plusieurs rappels nourris en forme de bouquet final ("Je pars", "Missippi River"…) où l’on se dit que décidément Nicolas Peyrac ne chante pas pour passer le temps mais comme pour retenir l'éternité...

Quand ?
les lundis 9 et 23 janvier à 21h au Théâtre des Mathurins.

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