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Critique
"Dans la forêt" : une balade qui nous laisse de bois
Paru le 06/03/2017 (mis à jour à 18:47:56)
Note rédaction
Note internautes

Annoncé comme un Shining à la française, ce film se révèle plus lent et bien moins tranchant que ce dernier. Même si on sursaute à certains moments, on attend la fin avec une certaine impatience, et là, c'est le drame. Non pas clairement pour l'un des personnages, mais plutôt pour le spectateur.

France et Suède, de nos jours. Le petit Tom (Timothé Vom Dorp) et son grand frère, Benjamin (Théo Van de Voorde), quittent leur mère (Sophie Quinton) à Paris pour rejoindre leur père (Jérémie Elkaïm) pour les grandes vacances. Seulement, ce dernier vit désormais en Suède. Ils seront donc seuls avec lui. En froid avec son ex-femme, ce sont finalement les petits qui lui donnent des nouvelles grâce à leur téléphone portable flambant neuf acheté dans ce seul but. Pas très enthousiastes au départ, les deux garçons donnent l'impression de craindre cet homme qu'ils ne voient presque jamais, en particulier Tom, déjà suivi par une psychologue pour enfants en France, et d'avoir hâte que ces vacances se terminent. Ils n'ont peut-être pas tort...

Loin de vouloir leur faire découvrir la Suède moderne, qui les aurait peut-être moins éloignés de l'univers parisien, leur père préfère leur imposer une sorte de périple en forêt afin de leur montrer une petite maison qu'il possède et d'y passer quelques jours, voire plus. Pas très rassurés, les enfants n'ont pas vraiment le choix, mais ne s'attendaient pas non plus à ce que ce soit aussi loin, aussi sombre, aussi escarpé ou aussi fatigant. De son côté, au lieu de les rassurer ou de les aider, leur père passent leur temps à vouloir en faire des durs et à les contraindre à des semblants d'activités qui ne les intéressent pas et à ne pas vraiment se préoccuper dans leurs envies ni de leur besoins, physiques ou autres, tout en prétendant qu'il fait tout cela pour leur bien.

Leur père agissant de manière toujours plus étrange et agressive, les deux frères se sentent de plus en plus seuls, surtout Tom, qui croit voir des choses et ne sait plus vraiment où il en est, coincé entre des visions effrayantes et une réalité pas très réjouissante avec un homme qui lui parle mal le plus souvent et attend de lui des choses qu'il ne se sent pas capable de lui donner. Loin de se montrer aimant envers ses enfants, on ne sait plus nous-mêmes quoi penser de son idée très arrêtée, ou simplement ignorante, de l'éducation. C'est un peu comme si l'aigreur qu'il ressent envers son ex-femme transparaissait dans son attitude envers les petits, qui n'ont rien demandé et n'ont plus vraiment l'impression d'en avoir le droit dorénavant. Oscillant sans cesse entre manque et surplus d'autorité, on se demande très vite jusqu'où il pourrait aller dans un accès de colère.

Sur le papier, en bois recyclé ou non, on est facilement emballé par le pitch, notamment par le décor, très naturel et original comparé à toutes les superproductions numériques que l'on nous vend à longueur de temps comme révolutionnaires. On comprend très bien aussi l'intention du personnage de Jérémie Elkaïm de montrer autre chose à ses enfants afin de leur faire prendre conscience de l'importance de la nature et les détacher de la technologie, avec laquelle ils sont nés, mais malgré cela, le résultat est relativement décevant. Loin d'être impressionnés, les petits sont plutôt déçus par le manque d'activités et ne comprennent pas encore certains concepts tels que le retour à la nature ou le besoin de se retrouver loin de tout, un tout qui pour eux doit faire partie de leur vie. Frustré que ses enfants ne soient pas plus excités que ça à l'idée de passer du temps dans cette forêt, on ne sait pas trop si leur père leur en veut vraiment ou s'en veut à lui-même.

Partant de cette question, on ressent tout de même l'envie tout le long de connaître la fin, que l'on imagine d'avance tragique, et de savoir ce que représentent en réalité les visions glaçantes du petit Tom d'un homme imposant aux allures de monstre en raison d'une blessure physique. Le souci, c'est que la fin est trop ouverte pour apparaître comme évidente aux yeux de tous. Il n'y a pas de risque d'en dévoiler trop, puisque rien n'est véritablement montré. La folie du père est claire, la peur des enfants aussi, l'idée est bonne, mais le tout est gâché par quelques éléments inexpliqués qui nous laissent sur notre faim ainsi que quelques situations inexplicables qui rendent l'ensemble bancal.

Bien sûr, c'est beau, c'est épuré, c'est calme, presque trop, ça donne (presque aussi) envie d'aller visiter la campagne suédoise, mais malheureusement, le jeu de certains acteurs laisse à désirer, et on ne parle pas forcément des plus jeunes. Le but du personnage de Jérémie Elkaïm était évidemment de nous mettre mal à l'aise, mais le problème, c'est qu'à un moment donné, on se demande s'il ne sait pas s'y prendre avec les enfants, comme nous l'avons évoqué, ou s'il joue simplement mal. Il leur parle de façon très abrupte, un peu comme à des adultes, les nourrit à peine, semble s'agacer dès leur arrivée, encore plus s''ils se plaignent ou ne comprennent pas quelque chose, mais son intention n'est jamais complètement limpide, puisqu'en même temps, il avait l'air d'avoir réellement envie de les voir. C'est finalement là que le bât, ou en l'occurrence le bois, blesse et commence à souffrir d'une mauvaise interprétation, à la fois du comédien et du spectateur, qui ne sait plus vraiment à quoi ni à qui s'en tenir. Si l'objectif était de brouiller les pistes, c'est un succès un peu trop franc.

A mi-chemin entre le célèbre Shining, sorti en 1980, Délivrance, film de 1972 devenu culte pour certains, dans lequel quatre amis décident de partir faire du canoë et se retrouvent face à un danger bien pus grand que la rivière, ou encore Vie sauvage, long métrage de 2014 relatant l'histoire vraie de deux frères enlevés par leur père durant 11 ans de cavale, on s'attendait vraiment à mieux car l'idée de base était alléchante. La fin ouverte permet d'imaginer ce que l'on veut, certes, mais cela reste assez facile car on peut ainsi plaire à tout le monde tout en décrivant des personnages détestables, dangereux ou effrayants. On devine facilement ce qu'incarne le monstre de Tom, mais comme rien n'est explicité, chacun peut se figurer ce qu'il veut de la signification de cet homme au visage difforme, et c'est finalement ce qui est le plus frustrant. Le symbole du grand méchant loup qui ne serait pas forcément le plus laid est intéressant mais, là encore, il aurait fallu creuser un peu plus afin de ne pas enterrer un peu trop vite les fantômes et autres démons qui hantent chaque personnage. 

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