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Critique
"Django" : quand le cinéma joue avec notre corde sensible
Paru le 05/05/2017 (mis à jour à 17:31:19)
Note rédaction
Note internautes

Bon nombre de films ont évoqué la fuite de gens persécutés durant la Seconde Guerre mondiale, sujet inépuisable s'il en est, mais celui-ci est particulier. Il fait écho à des réalités encore bien présentes et fait résonner en nous à la fois des peurs et des joies qui reflètent parfaitement les sentiments de cette époque confuse.

France, 1943. Après l'assasinat sans scrupules d'une famille tsigane dans les Ardennes françaises, et alors que Django Reinhardt (Reda Kateb) est déjà un grand musicien faisant danser le tout-Paris avec son groupe, la propagande allemande l'approche afin de faire une grande tournée en Allemagne, peut-être même devant le Führer en personne. Se croyant plus en sécurité dans la capitale française et par respect pour les siens, Django refuse et préfère rester en France, dans l'appartement qu'il occupe avec sa femme, Naguine (Beata Palya), et sa mère, Negros (Bimbam Merstein). Oui, mais voilà, son producteur (Patrick Mille) a déjà accepté le contrat.

S'ensuit alors une fuite vers la Suisse avec sa famille organisée par son amie Louise (Cécile de France), qui semble sans cesse jouer sur les tableaux allemand et français, ce qui la rend doublement suspecte. Coincé pendant plus de deux mois à Thonon-les-Bains, la Suisse se trouvant de l'autre côté du lac, et vivant avec Louise une relation ambigüe, Django finit par comprendre qu'on se moque de lui depuis le début et, se sentant utilisé, il ne sait plus à qui faire confiance. Finalement, on lui propose un concert avec son groupe pour une soirée allemande, avec les règles qui vont avec (pas de blues ni de swing, pas de solos de plus de cinq secondes, pas de rythmes rapides, etc.), en lui promettant qu'il passera la frontière sain et sauf après cela. Le reste fait partie de l'histoire, son histoire qui, mêlée à la nôtre, ne le rend que plus touchant et indéniablement doué malgré un manque criant d'éducation telle qu'on l'entend aujourd'hui.

Tout d'abord, il faut savoir que ce film n'est pas vraiment un biopic puisque, d'une part, il n'aborde qu'une partie infime de la vie de Django Reinhardt, entraîné bien malgré lui dans les affres d'une guerre qui le dépasse, et que, d'autre part, certains éléments ont été romancés pour la fiction tout en étant basés sur des faits réels. C'est après avoir fait la connaissance du petit-fils du musicien, David Reinhardt, et d'Alexis Salatko, lui-même auteur d'une biographie très libre, que le réalisateur, Etienne Comar, a décidé de se pencher exclusivement sur cette partie de sa vie afin de nous sensibiliser à l'importance de la musique qui, plus qu'un simple salut, peut devenir un véritable moyen de survie puisque, sans cela, nul doute que l'armée allemande n'aurait pas fait de quartiers face à Django. Sa guitare était alors sa seule arme.

Une fois qu'on a compris cela, on peut évidemment regretter de ne pas avoir droit à toute la vie du guitariste, de sa naissance dans une roulotte en Belgique à sa mort relativement prématurée en France, ou on peut simplement apprécier ce qui nous est présenté, c'est-à-dire un spectacle très bien interprété et un vrai suspense ô combien réaliste, à savoir le passage réussi de la frontière ou une arrestation qui mettrait un terme à tout élan, artistique ou autre. Il faut bien garder à l'esprit que se séparer de sa guitare était pour lui comme perdre une partie de lui-même, perdre la seule raison qu'il avait de vivre, au-delà de sa famille, dont on perçoit aussi très bien la dimension essentielle et la protection inhérente à cette culture. Il s'agit en réalité d'un portrait particulièrement juste d'une communauté encore bien souvent décriée aujourd'hui, avec tous les clichés qui l'accompagne mais, sans toutefois leur faire la peau, ce film lui rend hommage sans la juger.

A l'image de biopics tels que Coluche, l'histoire d'un mec, un film d'Antoine de Caunes sorti en 2008 avec François-Xavier Demaison dans le rôle titre qui ne s'intéressait qu'à la période politisée de l'humoriste, on ne traite donc ici que d'une partie bien précise de la vie de l'artiste. Un choix assumé par Etienne Comar, dont c'est le premier film en tant que réalisateur, qui a auparavant été scénariste sur des grosses productions comme Mon roi, de Maïwenn, sorti en 2015, ou Des hommes et des dieux, datant de 2010 et ayant obtenu le César du meilleur film l'année suivante. On aurait tout de même préféré une biographie complète de cet artiste car il en existe finalement assez peu, et même si son histoire reste une énigme à bien des égards, s'attacher à une période vu et revue ne va pas forcément attirer les plus jeunes qui, en outre, ne vont pas apprendre grand-chose de plus que ce que l'on sait déjà sur cette guerre.

Pour ce rôle, Reda Kateb s'est préparé durant une année entière, notamment en apprenant la guitare et en rencontrant la communauté tsigane de Forbach, en Lorraine, afin de s'imprégner du personnage, mais aussi de toute sa culture. Cécile de France, quant à elle, nous impressionne encore une fois par un jeu à la fois fort et profond au service d'un personnage au courage sans faille mais à l'âme chancelante et émouvante, à l'image de celui qu'elle interprétait dans Le voyage de Fanny, sorti en mai 2016, qui traitait un peu du même thème puisqu'il s'agissait d'une femme qui aidait des enfants juifs à passer, là aussi, la frontière suisse. A noter qu'ici, le personnage de Louise n'est que pure fiction, mais a été inspiré par les femmes influentes de l'époque qui ont permis à Django de s'immiscer dans le monde des nuits parisiennes et de le faire sien comme la musique lui appartenait, et le moins que l'on puisse dire, c'est que, d'après ce film, il a relevé son "Paris" d'une main de maître.

A tous ceux qui se disent déjà : "Encore un film sur la Deuxième Guerre mondiale", attendez un peu avant de critiquer trop durement une réalisation qui traite, certes, de ce sujet, mais comprenez bien qu'il ne s'agit que qu'une toile de fond pour nous présenter l'artiste qu'était Django Reinhardt, et sans doute que cette époque l'a marqué à jamais et lui a permis de créer encore davantage. La forme est critiquable également, on vous le concède, mais toujours est-il que le message est essentiel : oui, la musique sauve des vies, et pas seulement des âmes, ce qui est déjà louable en soi. Ce film n'est ni un biopic complet ni un documentaire. C'est simplement un récit avec, comme souvent, une histoire ancrée dans l'Histoire. Oui, mais pas celle de n'importe qui. Bien sûr, la vie de ce grand artiste ne se résume pas qu'à cet événement, mais si cela peut nous ouvrir les yeux sur les autres et nous permettre de différencier ce qu'ils font de ce qu'ils sont pour ne pas les juger trop vite, alors on aura avancé d'un pas vers la tolérance, ce qui n'est pas rien de nos jours.

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