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Critique
"Get Out" : un thriller qui s'en sort bien
Paru le 03/05/2017 (mis à jour à 12:08:34)
Note rédaction
Note internautes

Soyons clairs dès le départ : ce film n'est pas un film d'horreur à proprement parler. On dira plutôt qu'il s'agit d'un thriller qui vire un peu au gore à la fin. Mais toujours est-il que derrière un aspect racial qui a créé à la fois ferveur et scandale aux Etats-Unis, on se prend au jeu et on apprécie celui des acteurs, assez méconnus pour la plupart. Si par contre vous cherchez une histoire très réaliste, sortez vous aussi très vite de cette maison.

Etats-Unis, de nos jours. Chris (Daniel Kaluuya), un jeune étudiant afro-américain, est invité à rendre visite aux parents blancs de celle qui est sa petite amie depuis quatre mois, Rose (Allison Williams). On ne devrait pas avoir à préciser leur couleur de peau, mais sans cela, il n'y aurait tout simplement pas de film. Chris est donc un peu inquiet, mais Rose le rassure en lui disant que ses parents ne sont absolument pas racistes et que son père aurait pu voter une troisième fois pour Barack Obama si cela avait été possible. Sur la route, un premier incident perturbe le jeune homme, mais ils finissent par arriver à bon port, dans une maison très belle et moderne, bien que relativement éloignée de toute civilisation, les premiers voisins se trouvant de l'autre côté du lac qui les entoure.

Au fil de conversations qui le mettent plus ou moins à l'aise, Chris apprend que la mère de Rose, Missy (Catherine Keener), est psychothérapeute et son père, Dean (Bradley Whitford), neurochirurgien, ce qui explique en partie leur richesse, qu'ils n'hésitent pas à étaler devant lui. Passionné de photographie, Chris se permet également de prendre quelques clichés durant une fête annuelle de la famille qui réunit quelques-uns de leurs amis, des gens très étranges aux yeux de Chris. Il remarque aussi très vite que les seuls autres Afro-Américains présents sont des gens encore plus étranges, qui plus est bien souvent des domestiques, qui ne semblent pas du tout agir de façon naturelle. Pressé que ce week-end se termine, il ne sait pas encore dans quelle genre de famille il a débarqué.

Présenté soi-disant comme le film d'horreur de l'année, il serait peu de dire qu'on en attendait beaucoup. Sans être forcément déçu, on ne peut nier qu'il ne s'agit pas vraiment d'un film d'horreur comme on l'entend. On est très loin de L'exorciste, The Conjuring ou encore Scream qui, sans être fantastique, est considéré comme un film d'épouvante par toute une génération et se rapproche davantage de celui-ci. Non, en fait, en voyant le début de Get Out, on pense surtout au film Devine qui vient dîner..., de 1967, dans lequel une jeune fille "de bonne famille" (Katharine Hepburn) décide de présenter son petit ami noir (Sidney Poitier) à ses parents. L'époque a évidemment bien changé, mais la base reste la même, avec cette mauvaise habitude qu'ont parfois les gens d'aujourd'hui, à savoir insister sur le fait qu'ils ne sont pas racistes en donnant trop d'exemples ou en se félicitant de ne pas l'être, ce qui revient souvent à avouer qu'ils le sont un peu vu qu'ils remettent sans cesse le sujet sur le tapis en prétendant ne pas s'en préoccuper.

Mais venons-en à la question que tout le monde se pose : ce film est-il vraiment raciste ? La réponse est non. Certes, certains personnages le sont car l'intrigue est basée sur les conditions raciales et les clichés qui vont avec, mais le tout est bien trop irréaliste pour penser que le message caché derrière l'est aussi. Au contraire. Il s'agit là de dénoncer ces idées reçues, d'une façon peut-être un peu trop radicale, on vous l'accorde, mais s'il doit y avoir une morale, elle est sauve. Rappelons tout de même que le scénariste et réalisateur, Jordan Peele, est lui-même afro-américain. En outre, quand on voit, par exemple, un serial killer ne tuer que des femmes, on part souvent du principe que le personnage du tueur est misogyne (ou qu'il a un problème plus profond avec sa mère, mais ce n'est pas le sujet), mais pas forcément le film en lui-même. Ici, même si on rentre dans l'histoire sans trop de soucis, il faut bien comprendre que ce n'est qu'un film qui est censé vous faire sursauter et qu'il n'a, a priori, pas d'autres ambitions, si ce n'est peut-être dénoncer quelques préjugés, dont certains n'ont aucun lien avec la couleur de peau.

Deuxième question que tout le monde se pose : le film fait-il vraiment peur ? En d'autres termes, vaut-il la peine d'être vu ? Oui et non, tout dépend de ce que vous recherchez. Comme nous l'avons dit, ce n'est pas un film d'horreur classique, avec des objets non identifiés qui volent, des bruits énormes à tout bout de champ ou des gens qui sortent de la télé pour vous tuer, mais il y a tout de même une belle présence d'hémoglobine pour les amateurs. Et même si certains veulent littéralement la peau de Chris, on reste assez éloigné des stéréotypes du genre, et c'est tant mieux, car cela rend le tout plus plausible. Du moins, jusqu'à une certaine limite. La fin reprend (malheureusement ou non) les codes du film d'épouvante, comme les méchants qui ne meurent jamais ou un taux de sang bien trop élevé pour sembler naturel. On n'en dira pas plus pour ne pas tuer aussi le suspense.

Nul doute que Daniel Kaluuya n'en est pas à son dernier grand premier rôle. Aperçu dans des séries réservées aux initiés comme Black Mirror ou Skins, il dévoile ici une palette d'émotions plus intenses les unes que les autres et, pour le coup, on est sûr qu'il n'a pas été choisi pour ce rôle uniquement parce qu'il fallait un acteur noir. Il en va de même pour les autres protagonistes, y compris les parents, qui incarnent à merveille ces gens aux allures pourtant tellement sympathiques. Ils parviennent finalement à faire régner une tension plus que palpable. Allison Williams, aperçue dans la série Girls, s'en sort également avec les honneurs. Et que dire de Caleb Landry Jones, qui joue le rôle de Jeremy, le frère de Rose ? On ne sait jamais s'il est sérieux, soûl ou juste stone, ce qui le rend d'autant plus menaçant. Quant à Jordan Peele, il s'agit en réalité d'un humoriste très connu outre-Atlantique, ce qui explique le côté parfois presque comique et second degré du film. Notons aussi que Get Out a été produit par la même société spécialisée dans les films d'horreur à petit budget tels que Ouija, Sinister ou Paranormal Activity. De bon augure si l'on regarde le succès parfois inattendu de leurs productions.

Avec un triomphe qui ne se dément pas aux Etats-Unis, on remarque en même temps des critiques acerbes le qualifiant purement et simplement de film raciste à visée raciste. Comme nous l'avons expliqué, ce n'est pas le cas et le fait d'avoir des avis aussi tranchés n'est que bénéfique pour ce film car, que les gens aillent le voir parce que c'est un succès ou pour vérifier ces allégations, le plus important est qu'ils le voient. De cette façon, ils peuvent aussi se faire une idée plus personnelle, bien que chacun ait le droit de juger ce qu'il croit percevoir entre les lignes d'un scénario malgré tout bien construit, original et de qualité. Car en dépit d'un manque de sursauts et de réalisme évident, on est pris par l'histoire et on a envie de savoir où tout cela nous mène, quitte à imaginer le pire. Et contrairement à Chris, on n'est pas si pressé de sortir de cette maison où rien ni personne n'est incontestablement ni tout blanc ni tout noir.

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