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Critique
"Ici et ailleurs" : le nouveau pèlerinage en terre chantée d'Idir
Paru le 25/04/2017 (mis à jour à 14:04:24)
Note rédaction
Note internautes

Avec Ici et ailleurs, le discret patriarche de la chanson kabyle publie un nouveau chapitre réussi d’une discographie clairsemée. Des duos bilingues de titres finement choisis du répertoire français qui prolongent un dialogue entamé il y a plus de quarante ans entre Idir et sa terre d’accueil. Et, comme toujours, de son récit personnel il cherche à rendre le dialogue universel.

Un nouveau disque du géant du folk amazigh Idir est toujours un évènement. Il faut dire que la légende de la chanson kabyle fait montre de discrétion avec une discographie clairsemée si l’on excepte les disques réalisés avec une pléiade d’invités (Identités, la France des Couleurs). Le revoilà donc de retour avec un nouvel album de duos bilingues joliment troussés qui font, une fois encore, le pont entre la culture kabyle et la chanson française.

Ce disque baptisé Ici et ailleurs s’inscrit dans le sillage de Identités sorti en 1999 (qui faisait se rapprocher des identités plurielles) et de son album La France des couleurs de 2007 où il invitait, en pleine campagne électorale déjà, des artistes issus de la scène hip-hop. Deux quinquennats plus tard, ce berger de la conscience s’offre un nouveau pèlerinage en terre chantée avec des chansons qu’il a aimées dans son enfance et sa vie d’artiste. Avec, une exigence : l’équivalence. En clair : ne pas traduire les textes des chansons mais donner des équivalences pour rendre intelligible les émotions de la même façon dans les deux langues. Car, Idir a depuis toujours la hantise de "perdre l'âme originelle", l'émotion première. Une façon également pour le troubadour de mettre en lumière le côté minoritaire de la langue kabyle, l’injustice qu’elle subit (elle est interdite d’enseignement) et sa lutte pour que son identité existe.

Le chanteur Kabyle, devenu star en 1976 avec son succès planétaire "A Vava Inouva" ("Mon petit papa"), hymne à la vie paysanne des montagnes de l'Atlas, traduit en quinze langues et que la communauté kabyle continue de transmettre comme un joyau, est certes ancré à ses racines mais n’a jamais cessé de regarder le monde qui l’entoure. Certes, Idir chante en Kabyle la culture et l’histoire berbères mais toujours avec une résonance œcuménique et universelle. L’amour, l’exil, l’exode, le droit à la différence, l’injustice, le goût des autres, le déracinement, les questionnements identitaires, l’épaisseur de la mémoire …Idir creuse, depuis 40 ans, son propre sillon. Ce disque de duos ne fait que continuer à le labourer avec onze chansons pour nous faire écouter un autre sens à ces chansons logées dans nos synapses.

L’album s’ouvre sur "La corrida" en duo avec Francis Cabrel. Idir voulait aller à la rencontre de cette chanson aux sonorités “chaabi” qui  célèbre l’esprit de résistance. La résistance est aussi au cœur de la chanson de Patrick Bruel  "Les larmes de leurs pères ", qui avait été initialement inspirée par le printemps tunisien. Idir a voulu rappeler que la Kabylie avait aussi vécu son printemps en 2001 au cours duquel une centaine de jeunes de moins de 19 ans ont été tués pour avoir brandi le drapeau de la liberté. "On The Road Again" de Bernard Lavilliers prend ici aussi une couleur nouvelle avec ces deux voix où l’émotion est tenue à distance et qui rappellent que les berbères ont souvent fui l’ennemi (en se réfugiant souvent dans les montagnes).

Au cœur de cet opus, on redécouvre aussi "La bohème " de Charles Aznavour qu’il interprète en kabyle. Idir retrouve également Maxime Le Forestier – sensible à la cause kabyle (il a rendu hommage au chanteur Matoub Lounès, assassiné en juin 1998) - pour une somptueuse relecture de "Né quelque part". Les deux artistes avaient déjà collaboré ensemble sur l’album Identités d’Idir avec sa chanson "San Francisco" qui s’était transformée en "Tizi Ouzou", superbe version kabyle et qu'avait écrite le chanteur Brahim Izri. Retrouvailles tout aussi réussies avec le groupe Tryo pour "l’hymne de ns campagnes" (ils avaient déjà fait un duo " Mama" qui évoquait le sort des sans-papiers). Avec Gérard Lenorman, Idir reconnecte avec son enfance. "Les matins d’hiver" n'est, en effet, pas sans lui lui rappeler son tube "Avava Inouva" avec cette même façon de parler de leurs vécus d’enfance. Grand Corps Malade lui offre un titre inédit "avancer", un somptueux plaidoyer émouvant pour le déracinement vécu comme une chance, proclamant : "Nous savons bien que nos racines ne nous empêcheront jamais d’avancer". Enfin, pour clore ce livre de tolérance en double croche, on retrouve "Lettre à ma fille", aussi écrite par Grand Corps Malade sur l’album La France des couleurs où Idir questionne l’éducation comme pilier essentiel de l’émancipation personnelle et humaine.

Onze chansons qui témoignent de la démarche artistique d’Idir en perpétuellement mouvement et toujours aussi fraternelle, se livrant à une belle démonstration de transculturalité qui vise bien plus qu’une acceptation de l’autre mais transforme les représentations et les modes de penser des relations entre êtres humains en s’appuyant sur des valeurs humanistes et culturelles de laïcité et libre arbitre.

Pour en savoir plus sur Idir :

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