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Critique
"Jackie" : un deuil stérile, un film raté !
Paru le 07/02/2017 (mis à jour à 12:39:35)
Note rédaction
Note internautes

Le 22 novembre 1963, le Président américain John F. Kennedy est assassiné alors qu'il est à Dallas, à l'arrière de sa voiture. Sa femme, Jacqueline dite "Jackie" va alors vivre la douleur du deuil de son époux tout en préparant les funérailles du trentre cinquième Président des Etats-Unis.

Le film réalisé par Pablo Larrain, retrace les quelques jours qui se déroulent entre l'assassinat du Président et l'enterrement de JFK. L'histoire est axée autour de Jackie (interprétée par Natalie Portman) et le spectateur est convié dans son intimité et dans sa douleur. C'est ici le premier défaut de ce film : quitte à faire deux heures de film qui porte le prénom de l'ancienne Première Dame, autant raconter l'intégralité de sa vie (pourtant riche de contrastes et de rebondissements), plutôt que de le limiter aux quelques jours les plus difficiles de son existence. Ce choix, trop restrictif, dépeint une Jackie Kenndy dont on ne connaît rien, si ce n'est son deuil et son penchant pour les médicaments. Un manquement scénaristique qui rend le film particulièrement long, voire dépourvu de réel intérêt.

Jackie ne traverse que trois états d'esprit lors de ces quelques jours : beaucoup de pleurs (impossible de ne pas être dans un tel état après avoir subi un tel traumatisme), des déambulations dans la maison présidentielle en étant droguée par les médicaments, et une femme actrice qui sait manipuler l'image qu'elle donne au pays (devant les caméras ou lors d'interviews écrites). La pauvreté des traits de Jackie rend le personnage niais et d'une fadeur déconcertante.

Le Président John Kennedy doit cumuler moins d'une minute d'apparition devant les caméras. S'il n'est certes pas le sujet du film, il est relativement complexe de faire le portrait de Jackie sans parler de son mari. Un seul moment d'une brève danse compose l'unique geste de tendresse entre les époux et cela s'arrête là. Inachevée, la relation entre ces deux protagonistes est totalement occultée. Il aurait certainement été pertinent de raconter leur histoire, leur rencontre afin d'humaniser le personnage de Jackie. Malheureusement, celle-ci semble d'avantage affectée par la perte de son statut et de ses biens matériels plutôt que par l'atrocité du meurtre de l'homme de sa vie. On déplore également l'absence quasiment totale de son rôle de mère auprès de ses deux enfants en bas âge.

De surcroît, il faut déplorer le manque cruel d'intérêt historique : le spectateur n'apprendra absolument rien en regardant Jackie. Aucun élément nouveau, aucune information réelle ne viendra colorer ce triste synopsis. Autre point notable : la bande son frôle le désastre. Des violons agressifs et saturés veulent planter un décor angoissant alors que Jackie marche simplement dans un couloir de la Maison Blanche : il ne se passe pourtant absolument rien à l'écran qui mérite un tel vacarme instrumental. Pour achever le spectateur, le réalisateur a opté pour un montage final qui superpose quatre moments : l'assassinat, une interview donnée après l'enterrement, un reportage en noir et blanc (où Jackie présente le mobilier qu'elle a ajusté dans la Maison Blanche) et l'organisation des funérailles présidentielles. Le tout est assemblé dans un désordre total qui rompt toute émotion potentielle. Les gros plans serrés nous montrent Natalie Portman qui sait parfaitement pleurer sur commande. La caméra reste fixe lors de scènes larmoyantes, mais propose des angles fermés là où la pertinence de plans larges aurait dû être dominante (notamment quand la Première Dame déambule dans les couloirs de la Maison Blanche). On soulève également des zones de flou dues à l'utilisation de pellicule de seize millimètres, qui là encore, n'ont aucune utilité artistique, un effet pourtant initialement recherché.

Le parfait copié-collé entre les images d'archives (qui entrecoupent certaines scènes) et les images tournées pour le film, laisse perplexe. Existe-t-il une quelconque gloire à démontrer que le réalisateur a parfaitement su reproduire certaines séquences ? Quel est l'intérêt d'entrecouper les deux ? Est-ce pour tenter de dépeindre le réalisme du film ou pour combler des manquements de plans caméras ?

Le seul point positif qui est à soulever dans ce film est la performance de Natalie Portman, qui porte le film entier sur ses épaules. Sans ses talents d'actrice qui ne sont plus à prouver, le film aurait été d'un raté indéniable. On apprécie également le jeu irréprochable du désormais regretté John Hurt qui, triste ironie du sort, incarne un prête qui explique à Jackie Kennedy comment accepter la mort.

Redécouvrez la bande-annonce de Jackie :

Pour en savoir plus sur Natalie Portman :

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