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Critique
"La confession" : au nom du père et du sain d'esprit
Paru le 07/03/2017 (mis à jour à 09:39:16)
Note rédaction
Note internautes

Adapté du roman de Béatrix Beck, publié en 1952, ce film nous entraîne sans déplaisir dans les affres de la Seconde Guerre mondiale et d'une population presque plus troublée par l'arrivée d'un jeune prêtre que par les événements historiques qui secouent à la fois leur ville et leur vie. La bombe n'est peut-être pas toujours là où on l'attend.

France, de nos jours. Barny (Marie-Jeanne Maldague) est une vieille dame sur le point de rendre l'âme. Loin d'être une grande pratiquante, elle demande à ses enfants, un peu surpris, de faire appel à un prêtre afin non pas de lui demander l'absolution ni de lui raconter sa vie, mais de lui confesser son histoire secrète avec un prêtre durant la Seconde Guerre mondiale. C'est alors que nous replongeons dans cette époque maintes fois racontée, mais rarement de ce côté-là de l'Histoire. Comme beaucoup, elle est anti-nazi, mais pas seulement. Elle est aussi communiste et fait preuve d'un sentiment anti-religion très ardent, ce qui n'est pas très courant à cette époque.

En 1945, Barny (Marine Vacth) est une jeune femme vivant dans le Nord de la France obligée de travailler à la Poste de sa ville afin de nourrir sa fille, réfugiée à la campagne, et de subvenir à ses propres besoins. Elle a par ailleurs recueilli un couple de juifs flamands et leur fils, aucun ne parlant un seul mot de français. A la mort du prêtre de la paroisse, dont elle n'a que faire, elle se confronte à l'avis divergeant de ses collègues, et notamment sa patronne, Mme Sangredin (Anne Le Ny), qui ne comprend pas cette absence de ferveur religieuse et de respect envers un homme que beaucoup soupçonnaient pourtant tout de même de collaborer avec l'ennemi allemand.

C'est alors qu'arrive le nouvel homme d'église de la ville, en la personne du père Léon Morin (Romain Duris). Au départ peu intéressée par cet abbé dont tout le monde chante déjà trop les louanges, Barny se retrouve peu après dans son confessionnal, bien décidée à lui dire ses quatre vérités sur son idée de la religion et à ne pas écouter celles d'un soi-disant dieu auquel elle ne croit pas, pas plus que ses sermons sur les péchés qu'elle aurait pu commettre, y compris ceux qui lui ont permis de sauver sa fille. Son mari prisonnier en Allemagne, elle a la ferme intention de continuer leur combat politique, mais tout cela, c'était avant sa conviction, son écoute, sa vision personnelle, son oubli de soi, etc. Tout cela, c'était avant lui.

Oscillant entre drame historique et drame humain, ce film n'est pas une ode à la religion, malgré son omniprésence. C'est la première chose qui surprend, en particulier lorsque l'on sait que le livre duquel il est adapté est sorti en 1952, soit seulement quelques années après la fin de la guerre. C'était évidemment une époque très pieuse, car il fallait bien croire en quelque chose de plus grand pour ne pas sombrer dans l'horreur et croire que celle-ci ne s'arrêterait jamais. Mais on oublie souvent qu'il y avait aussi déjà des gens contre, même si ce n'était pas la majorité. Le personnage de Marine Vacth est donc original de par ses croyances, ou plutôt ses non-croyances, car il était rare en ce temps-là de mener sa propre guerre contre la religion comme elle tente de le faire au début.

Le personnage de Romain Duris, quant à lui, est un prêtre assez déconcertant et là encore assez inhabituel car, loin de repousser Barny en raison de son désaccord religieux ou de tenter à tout prix de la convaincre qu'il faut croire en Dieu sous peine de connaître l'Enfer ou toute autre punition divine, il l'accepte telle qu'elle est, et c'est finalement peut-être là son plus grand drame. Egaux devant l'interdit, le mari de Barny n'étant pas officiellement décédé, quand ils sont ensemble, rien ne le démontre mais tout porte à croire à un sentiment réciproque évident. Malgré tout, ce film reste décent jusqu'au bout et ne monte jamais dans les tours de la communion afin de ne pas les faire tomber de trop haut et de risquer l'anathème pour l'un et l'adultère pour l'autre. Cela ne rend pas le tout mielleux pour autant en raison d'un rythme imposé par le contexte de guerre externe, qui semble renforcer leur guerre interne, dont ils ne peuvent pas plus se défaire.

L'originalité réside également dans le traitement de la cause féminine, car si Barny est anti-religion, ce qui est déjà peu banal, elle est aussi une femme de caractère qui ne se laisse pas facilement marcher ni sur les pieds ni sur sa foi, qu'elle soit destinée à une cause ou à un dieu. Les femmes, bien que devant faire face au travail des hommes durant leur présence au front, n'étaient pas vraiment considérées à cette époque, ce qui fait de ce personnage un être vraiment à part. La seule personne qui semble la déstabiliser, c'est ce prêtre, et le fait qu'elle ne s'y attende pas le moins du monde la rend encore plus vulnérable et sensible à un charme qu'elle croyait inconcevable, comme si on lui avait jeté un sort dans le seul but de transformer le sien. De son côté, le prêtre est dépeint de façon très réaliste car il ne s'emballe pas et n'oublie jamais ce qu'il est, c'est-à-dire un être imparfait. En cela, cette histoire d'amour, qui n'en est pas une, est saine, car vécue par des personnalités pragmatiques qui ne se laissent pas complètement enivrer par une eau plus trouble que bénite.

On notera tout de même quelques différences avec l'histoire originelle du roman. Tout d'abord, ici, l'époux de Barny n'est pas mort, ce qui est le cas dans le livre. Comme évoqué précédemment, le réalisateur, Nicolas Boukhrief, a voulu que les deux protagonistes soient sur un pied d'égalité devant la tentation, risquant chacun de perdre ce qui leur est le plus cher si le fruit ne leur apparaissait plus comme totalement défendu. En outre, le roman se déroule sur six années alors que le film, lui, ne montre que les deux derniers mois de la guerre, le but étant de nous faire plonger dans une tension extrême et un danger permanent, ce qui renforce encore l'interdit vécu par les deux personnages principaux. On dit que l'amour libère l'esprit, mais le rend-il toujours pour autant plus sain ? Là est toute la question.

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