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Critique
"Lion" : une émotion indomptable
Paru le 01/03/2017 (mis à jour à 23:57:24)
Note rédaction
Note internautes

Tiré d'une histoire vraie bouleversante et réalisé par un quasi-inconnu au bataillon, ce film retrace la longue route d'un petit garçon indien en quête d'une famille, mais surtout de vérité. Un récit simple, sans fioritures, mais non sans âme et avec des acteurs incroyables de sincérité.

Khandwa, Inde, 1986. Saroo (Sunny Pawar), un petit garçon de cinq ans, admire son grand frère, Guddu (Abhishek Bharate), qui part souvent avec lui trouver de quoi aider leur mère (Priyanka Bose) à subvenir à leurs besoins dans ce pays si pauvre que même le lait, que l'on consomme pourtant chaque jour dans notre monde occidental, est une denrée rare et chère. Un jour, alors que Guddu doit se rendre dans une ville éloignée pour travailler de nuit, Saroo, pourtant très motivé au départ, finit par s'endormir. Son frère le laisse donc sur un banc de la gare et lui promet de revenir le chercher. A son réveil, le petit est tout seul, perdu au milieu de nulle part. Commence alors pour lui un périple qu va changer sa vie.

Après un voyage en train de plusieurs jours, il se retrouve livré à lui-même à Calcutta, la capitale immense du pays, incapable d'expliquer clairement d'où il vient. Saroo demande simplement à retrouver sa famille, mais il ne parle même pas la même langue que les gens qui l'entourent et personne ne comprend le lieu dont il parle. Après une diffusion d'avis de disparition dans toute la ville, personne ne vient en aide au garçonnet, qui est finalement recueilli dans un orphelinat miteux, puis enfin par un couple d'Australiens (Nicole Kidman et David Wenham) qui va lui construire une existence paisible et riche, dans tous les sens du terme, à mille lieues de celle qu'il a connue en Inde. Ayant quelque peu occulté son enfance, c'est au détour d'une discussion anodine que des bribes vont peu à peu lui revenir en mémoire 20 ans plus tard et lui donner envie de retrouver sa "vraie" famille, jusqu'à devenir une véritable obsession.

Allant jusqu'à mettre en péril sa nouvelle existence d'Australien lambda, sa famille adoptive et son couple, Saroo (Dev Patel) est prêt à tout quitter pour retrouver ceux grâce à qui il existe et qui lui manquent depuis toujours, comme s'il lui fallait désormais trouver les fondations nécessaires à la construction de sa vie d'adulte. Comme si l'éclipse qui obscurcissait son enfance malheureuse laissait enfin apparaître quelques rayons de soleil afin de le guider vers la vérité dans sa quête de lui-même. Certains de parvenir à ses fins, c'est après des années de lutte et de recherche, et au moment où il est prêt à se résigner, que la solution va enfin se dessiner devant ses yeux. Bien décidé à retracer tout son chemin intérieur et à se réapproprier ses racines, Saroo va alors faire un voyage d'une intensité rare.

Bon nombres de films dans la même veine ont déjà été réalisés et ont parfois essayé de nous tirer des larmes à tout prix, quitte à tomber dans le pathos à l'extrême. Ce n'est vraiment pas le cas ici. Les acteurs sont justes et n'en font pas des tonnes et, partant du principe que cette histoire est réelle, on ne peut qu'être naturellement ému par ce personnage à la fois simple et complexe, mais en fin de compte très humain. On imagine qu'un certain écho doit avoir résonné chez Nicole Kidman, puisqu'elle est elle-même australienne, mais avant tout la mère de deux enfants adoptés (qu'elle a eus avec Tom Cruise). David Wenham, quant à lui, est un acteur très éclectique connu d'abord pour bon nombre de seconds rôles, notamment dans la série Top of the Lake, mais il tient ici une place essentielle dont il ne démérite absolument pas.

Evidemment, on ne peut nier la présence inoubliable du petit Saroo, interprété par Sunny Pawar, un jeune comédien local de huit ans encore inconnu mais qui ne le restera sûrement pas longtemps au vu de sa prestation dans ce film. Aussi adorable que charismatique, même dans le silence, il porte à lui seul toute la première partie du long métrage, ce qui n'est pas une mince affaire, encore moins pour un enfant. Et que dire de Dev Patel ? Déjà impressionnant dans Slumdog Millionaire, il démontre ici toute l'étendue de son talent et de son implication dans ses rôles aussi puissants que rares, puisqu'il a tout de même mis huit mois à se préparer pour celui-ci, aussi bien d'un point de vue physique et psychologique que culturel.

Quant à Garth Davis, australien lui aussi, il réalise ici un premier long métrage qui, on l'espère, ne sera pas le dernier, et nous surprend par ses audaces d'humanité et d'émotion pure. On notera tout de même que le film a mis quatre ans à se faire en raison d'une volonté de garder l'action en Australie, et plus précisément en Tasmanie, et non pas aux Etats-Unis, comme de nombreux producteurs le demandaient. Il a auparavant travaillé sur la mini série Top of the Lake, évoquée plus haut et créée par la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion (La leçon de piano), mais il n'avait encore jamais franchi l'étape ultime du cinéma. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au-delà de la chance du débutant, il brille par la normalité de ses personnages et de son scénario. Certes, il se base sur des faits réels, mais cela ne rend pas toujours les choses plus faciles car il faut trier les informations et donner de soi dans une histoire vécue qui ne nous appartient pas et que l'on doit cependant faire revivre. Il y parvient de manière sobre et pourtant émouvante.

Que l'on croie au hasard ou au destin, ce film nous prouve que l'un et l'autre sont finalement peut-être indissociables du fait de la puissance de chacun. A la moindre envie d'abandonner, Saroo est comme orienté malgré lui vers les réponses qu'il semblait ne pas trouver, comme si son destin le menait vers la vérité alors qu'il pensait au départ maîtriser ce même destin. En outre, il découvre un peu par hasard les débuts de son itinéraire d'enfant pas vraiment gâté grâce à une technologie qu'il avait presque fini par repousser par manque de résultats, comme si la modernité contrastait trop fortement avec le côté rustique et très pauvre de son pays d'origine. La force des liens est inébranlable et ce film nous démontre encore une fois, s'il en était besoin, que l'on peut littéralement déplacer des montagnes pour atteindre son but et protéger sa famille, tout en restant fier de ce que l'on est. Un peu comme un lion. 

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