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Critique
"Monsieur & Madame Adelman" : un couple détonnant qui étonne
Paru le 16/03/2017 (mis à jour à 13:10:59)
Note rédaction
Note internautes

Pour sa première réalisation, Nicolas Bedos impressionne par la construction et l'énergie d'un film original, simple et complexe à la fois, qui peut concerner toutes les générations ou presque. L'histoire d'un couple sur 45 ans avec des thèmes légers ou plus graves, le tout abordé avec beaucoup d'ironie et de sentiments, pas toujours positifs.

France, 2016. La grand auteur Victor Adelman (Nicolas Bedos) est décédé. Le jour de son enterrement, sa femme, Sarah (Doria Tillier), donne le change tant bien que mal, mais a surtout besoin de se retrouver seule, loin de tous ces gens qu'elle n'apprécie qu'en façade. Alors qu'elle pense se réfugier dans le bureau de son mari, un journaliste (Antoine Gouy) l'interpelle : il voudrait connaître l'histoire du couple afin d'aller au-delà de toutes les biographies qui existent déjà sur l'homme. C'est ainsi que Sarah se met à tout lui raconter, dans les moindres détails. Il ne s'attendait peut-être pas à en apprendre autant en ce jour funèbre.

Nous repartons avec eux en 1971, année de leur rencontre, puis nous retraçons le chemin quelque peu sinueux de leur vie de couple, qui n'en était pas un au départ, jusqu'à revenir au temps présent et à la confession de quelques secrets inavouables qui vont quelque peu changer l'idée que le journaliste avait de cet auteur qu'il admirait. Le tout est séparé en chapitres bien distincts correspondant chacun à une décennie, dont Nicolas Bedos et Doria Tillier ont particulièrement réussi à tirer parti, aussi bien au niveau du look, du langage que des habitudes pas toujours bonnes que certains avaient durant ces époques pas si lointaines.

Au-delà des deux protagonistes principaux, on rencontre bien sûr d'autres membres pas toujours émérites de leurs familles respectives, totalement à l'opposé l'une de l'autre, ainsi que certains de leur amis, ce qui rend le tout d'autant plus savoureux. Les dialogues sont extrêmement bien sentis et nous font nous sentir comme faisant partie de la vie de leur couple à la fois simple et compliqué, à la fois discret et cherchant sans cesse la lumière, d'une manière ou d'une autre, chacun étant sans arrêt en compétition avec l'autre, qui lui est finalement tellement similaire. Deux vrais personnages pas si éloignés de certaines personnalités réalistes, et sûrement pas si éloignés non plus de leurs vrais caractères tous deux tendrement explosifs au vu des nombreux éléments de leur propre vie, qui peuvent sembler anodins, mais qu'ils ont sciemment intégrés au scénario, comme la véritable date de naissance de Nicolas Bedos lors d'une fête d'anniversaire.

Bien sûr, si on ne supporte déjà pas le père, l'inénarrable Guy Bedos, on n'aura peut-être du mal à ne pas le voir à travers son fils, qui lui ressemble tant physiquement. On retrouve également certaines similitudes dans leur humour, toujours teinté d'un fond politique ou religieux, mais jamais méchant, et surtout très drôle. Nicolas Bedos parvient souvent à dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, comme par exemple le fait d'affirmer que l'on se fiche de la religion ou de la richesse des gens que l'on côtoie, mais dès que ça nous touche de la façon la plus personnelle, ce n'est jamais la même histoire, et ça, personne ne peut le nier. Mais loin de faire l'apologie d'un parti politique, d'une façon de vivre ou d'une époque, on assiste à un défilé de clichés cachant, fort heureusement, une certaine profondeur dans l'analyse qui en est faite, car leur vie ne se résume pas à cela, et tant mieux pour nous.

La meilleure surprise de ce film reste avant tout Doria Tillier, qui crève l'écran par sa fraîcheur et sa spontanéité. Ayant largement participé à l'écriture du scénario, on n'imagine difficilement quelqu'un d'autre dans ce rôle à la fois plein de bons sentiments, mais aussi tellement cassant, voire très dur à certains moments, mais jamais sans raison (bien qu'un peu folle). A l'instar de ses personnages sur Canal+, lors de la rubrique météo de feu "Le grand journal", elle nous dévoile ici de nombreuses facettes de sa personnalité et de son talent très prometteur. On imagine que cela cache aussi une sensibilité très forte et une émotion à fleur de peau, alors qu'elle est bien loin de jouer les pots de fleurs. Le moins que l'on puisse dire, c'est cela fait un bien fou et nous rend (presque) heureuses d'être des femmes, à quelques détails près.

De son côté, Nicolas Bedos baisse un peu sa garde, en dépit des apparences légèrement trompeuses de la bande annonce, et se laisse aller à un discours quelque peu féministe. Habitué à provoquer, sûrement un vieux réflexe de famille, il nous étonne par un accès de fièvre respirant l'amour, jamais sans excès, l'humour, très noir et avec pas mal de réussite, et surtout la vie, avec beaucoup d'envie, et ce, malgré la présence de la mort, le plus souvent dans l'âme. Il se permet également d'évoquer des sujets peu abordés par peur de choquer, comme la naissance d'un enfant désiré mais qui n'est pas du tout ce à quoi on s'attendait et semble venir d'un autre monde, d'une autre famille. On imagine qu'il a voulu, ici, nous dépeindre une situation mal connue et à laquelle personne ne veut avoir à faire face, à savoir un enfant que l'on n'aime pas. On sent bien que pour son personnage, peut-être comme pour lui, si l'amour devient un effort, il n'a pas lieu d'être, ce qui un peu le cas avec ce fils plus handicapé émotionnellement que véritablement indigne.

On peut imaginer également qu'à travers cet enfant purement bête et méchant, sans jamais aucun état d'âme, il a souhaité personnifier ce portrait simpliste que certains ont pu faire de lui à ses débuts, comme on a dû le faire avec son père. Un père d'ailleurs très présent malgré son absence physique. Ce personnage, interprété avec brio par Pierre Arditi, est en réalité à l'opposé de l'image que l'on se fait de Guy Bedos, et ce n'est sûrement pas un hasard. A travers les conflits familiaux, les non-dits, les deuils, les amours naissantes ou brisées, il a voulu non seulement casser le miroir déformant à travers lequel certains le regardaient, mais aussi nous montrer qu'il était finalement normal, ce qui est plutôt rassurant. Le couple qu'il forme et qu'il déforme avec Doria Tillier est simplement une peinture un peu originale et fantasque d'une vie de deux êtres banals qui cherchent à tout prix à ne pas l'être, quitte à ne pas plaire à tout le monde, tant qu'ils se plaisent. Après tout, l'amour est un art subjectif. 

Pour en savoir plus sur Nicolas Bedos :

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