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Critique
"Orpheline" : une solitude un peu trop partagée
Paru le 29/03/2017 (mis à jour à 17:06:36)
Note rédaction
Note internautes

Ce portrait en quatre actes d'une seule et même personne, à savoir une jeune femme en proie à de nombreux démons d'un passé qu'elle renie complètement, est original et propose des éléments intéressants. Malheureusement, c'est au prix d'un rythme long à se mettre en place et un scénario à trous qui nous laisse un peu trop dans l'interrogation.

Loire, France, de nos jours. Renée (Adèle Haenel) est une jeune femme à l'allure sérieuse, travaillant dans une école primaire en tant qu'institutrice et directrice, et tout juste enceinte de son premier enfant après trois ans d'essais infructueux avec son compagnon (Jalil Lespert). Un beau jour, en pleine classe, débarque Tara (Gemma Arterton), qui vient de sortir de prison et qui la prend dans ses bras devant tous les élèves comme si de rien n'était. Gênée, la jeune professeure lui demande de partir, mais Tara prétend que Renée lui doit une somme très importante pour ce qu'elles ont fait ensemble et les années qu'elle a passées enfermée soi-disant par sa faute. Quelques jours plus tard, Renée se fait elle-même arrêter. A partir de là, nous remontons le fil de l'histoire de la jeune femme, jusqu'à son enfance.

Renée (Adèle Exarchopoulos), dont nous savons maintenant que ce n'est pas sa véritable identité, a 18 ans et a raté son bac. Elle cherche des petits boulots ou un moyen rapide et payant de se faire entretenir. Elle fait alors la connaissance de Lev (Robert Hunger-Bühler), un homme relativement âgé qui la prend sous son aile, à défaut d'autre chose au départ, et lui apprend les rudiments des courses de chevaux avant de parvenir à la faire embaucher das un hippodrome qu'il fréquente assidument. Là, elle rencontre également une certaine Tara (toujours incarnée par Gemma Arterton) qui sort avec un certain Sam, joueur invétéré sans le sou qui doit des sommes astronomiques à bon nombre de gens, Lev y compris. A cette époque, "Renée" se fait aussi largement aider par un certain Maurice (Sergi López), un homme marié qui l'aime à sa façon.

"Renée" (Solène Rigot), jeune adolescente, se fait passer pour une jeune fille de 18 ans dans la boîte où elle passe ses nuits, draguant à tout va des hommes évidemment plus âgés, buvant plus que de raison et allant tout juste au collège de temps en temps. En guerre avec un père violent (Nicolas Duvauchelle), elle erre à la recherche d'elle-même et de la personne qui soignera ses bleus à l'âme et ailleurs, même pour une nuit, comme Maurice, un homme bien plus âgé mais qui ne la touchera pas au vu de sa jeunesse. Enfin, nous faisons la connaissance de Kiki (Vega Cuzytek), une petite fille de 6 ans qui aime jouer avec les enfants d'un ami de son père, deux garçons un peu plus vieux qu'elle. Lors d'une partie de cache-cache, les deux petits vont se cacher un peu trop bien, tellement bien que leur père, aidé du père de Kiki (Nicolas Duvauchelle), va partir à leur recherche durant de longues heures. Ainsi se forme la première cicatrice intérieure de Kiki. La première d'une trop longue série.

Une idée originale, un casting cinq étoiles et un scénario bien fourni forment les bases solides de ce film porté par quatre actrices très différentes mais tout aussi talentueuses qui ont dû dépasser ces différences afin d'incarner un seul et même personnage fort et énigmatique. On sait dès le départ que ce portrait sera dépeint par quatre actrices distinctes, mais on ignore dans quel sens les choses vont nous être racontées. On imagine d'abord un ordre chronologique, le plus évident, mais le fait d'avoir construit l'intrigue à l'envers ne la rend que plus insaisissable et nous donne réellement envie de connaître le passé de cette femme qui ne rêve enfin normale. Ne pas savoir ce qu'elle a vécu auparavant nous fait imaginer le pire et chaque nouvel arrivant nous semble plus menaçant que le précédent.

Mais malgré ce suspense soutenu, on ne peut nier qu'on finit par en quelque sorte s'ennuyer à force d'attendre de comprendre et de voir le ou les drames qui l'ont menée à se faire arrêter a priori 10 ans après les faits. En réalité, seule la partie avec la petite fille nous a semblé vraiment prenante, le reste étant une description un peu trop centrée sur le personnage de "Renée". Car même si cette partie la concerne aussi directement, elle possède une forme d'angoisse supplémentaire qui rend la recherche des deux garçons palpitante, ce qui permet de vraiment rentrer dans l'histoire. Et puis, quand on sait tout ce qui va lui arriver par la suite, cela rend son enfance encore plus passionnante et dramatique. On n'ose envisager ce qui a pu se passer pour qu'elle en arrive à se prétendre orpheline, volontairement ou non. On sait déjà que son père sera toujours là durant les années suivantes, mais il aura bien changé et on a hâte de savoir pourquoi vu qu'il semblait plutôt prévenant au départ, sans être pour autant terriblement aimant, on vous l'accorde.

Et c'est bien là ce qui pèche le plus dans ce film : le manque de réponses claires. On attend désespérément que certains éléments nous soient dévoilés afin de reconstruire le puzzle de la vie de cette jeune femme pourtant attachante et tout à fait convenable au commencement de cette réalisation d'envergure, mais on ressort finalement frustrés de ne pas avoir eu tous les détails. Cela ne nous permet pas de rétablir toute la vérité, malgré une fin ouverte qui nous laisse imaginer que Renée, la plus âgée, recrée le schéma qu'elle-même a connu, mais on ne le saura jamais vraiment, tout comme on ne saura jamais non plus exactement de quoi on l'accuse après tout ce temps. Ce n'est pas le plus important et on a bien cru comprendre de quoi il s'agissait, mais il manque tout de même certaines précisions qui pourraient s'avérer importantes.

En résumé, le temps peut vous paraître aussi long que la vie de ce personnage à l'existence malmenée et complexe si vous ne parvenez pas à entrer dans l'histoire dès le début. Malgré cela, on ne risque pas trop de se perdre dans un dédale de personnages puisque ce sont souvent les mêmes qui reviennent et on parvient parfaitement à croire que les quatre actrices incarnent la même personne. Le tout reste crédible en dépit de certaines pièces manquantes et, grâce à cette idée ingénieuse d'utiliser quatre comédiennes différentes, on ne confond pas les époques, ce qui s'avère particulièrement utile. On comprend facilement que la plupart des personnages secondaires le sont aussi pour "Renée", qu semble à tout prix ne pas vouloir s'attacher autrement que d'un point de vue sexuel, mais voudrait tellement qu'on l'aime. Et même quand les sentiments l'inonde, on dirait qu'elle les fuit afin de retrouver cette solitude qu'elle nous fait partager malgré elle. Si c'était le but, ça fonctionne très bien. Peut-être un peu trop.

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