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Critique
"Passengers" : un huis clos de haut vol
Paru le 01/03/2017 (mis à jour à 23:26:26)
Note rédaction
Note internautes

Fort du succès de Imitation Game, sorti en 2014, le réalisateur norvégien Morten Tyldum revient avec ce film qui est un savant mélange de science-fiction, de thriller et de romance, le tout dans un vaisseau plus que futuriste mais pas si éloigné de notre civilisation actuelle malgré les apparences.

Vaisseau Starship Avalon, au beau milieu de l'univers, dans le futur. Le décor est planté : on ne sait ni où ni à quelle date précise on se trouve lorsque Jim Preston (Chris Pratt), l'un des 5000 passagers américains de ce vaisseau, se réveille de son hibernation devant durer 120 ans au bout de l'équivalent de seulement 30 années sur Terre. Il lui restait donc 90 ans à tenir endormi. Comme les autres, il était supposé changer de vie à son arrivée sur la nouvelle colonie Homestead II, pour ainsi se créer un nouvel univers après avoir traversé l'espace. Au lieu de cela, Jim se retrouve seul dans cet immense navire fait uniquement d'acier et d'électronique à foison, sans une seul âme humaine à l'horizon qui pourrait lui expliquer ce qui lui est arrivé.

Il tente donc par tous les moyens, après avoir visité le vaisseau de fond en comble, d'accéder à la salle des machines, mais impossible. Mécanicien de formation, il va tout essayer et lire tous les manuels qu'il trouve sur son chemin afin de trouver une solution, mais cela semble réellement inutile tant la machine est complexe et son statut, limité. Car, oui, même dans le futur, la richesse pécuniaire ouvre beaucoup de portes, et ce n'est pas vraiment son cas. Les endroits les plus importantes lui sont donc interdits et il n'a droit qu'au strict minimum pour se nourrir, se vêtir et dormir. Ce ne serait pas un souci en soi si ça ne devait durer que quatre mois, comme initialement prévu, mais il s'agit là du reste de sa vie. Jim va alors prendre une décision qui va changer totalement le cours des choses afin de retrouver l'envie de continuer.

Le décor futuriste, bien que très beau, ne donne pas forcément envie d'aller plus loin au premier abord. On ne ressent d'ailleurs pas vraiment non plus l'envie de monter à bord, tellement ce vaisseau semble sorti tout droit de Star Wars et peu attirant pour les gens plutôt terre à terre qui cherchent une histoire réaliste. Une fois à l'intérieur, les caissons d'isolation et autres personnes remplacées par des machines à la voix aussi douce que fausse ont également tendance à nous faire apprécier le présent dans lequel nous vivons, mais c'était sans compter l'apparition d'un être qui va s'avérer plus humain que certains d'entre nous et nous redonner confiance en l'avenir, tout du moins jusqu'à un certain moment crucial où on finit par se dire que certaines choses ne changeront jamais, et c'est peut-être tant mieux.

Vous devez commencer à vous demander ce que vient faire Jennifer Lawrence dans l'histoire et si elle est bien réelle. La réponse est oui, mais vous n'en saurez pas plus, au risque de gâcher le plus gros rebondissement du film, qui fait partie des nombreuses surprises heureuses et inattendues en dépit d'un manque évident de personnages faits de chair et d'os, à la différence du nouvel et seul "ami" de Jim, un barman très évolué présent en permanence dans la vaisseau, mais finalement pas plus humain que les machines les entourant et interprété par un excellent Michael Sheen (aperçu dans la série Masters of Sex). Ce film est donc la meilleure définition qui soit du huis clos, qui se trouve simplement être un dialogue intérieur toute la première partie.

C'est d'ailleurs à ce moment-là que l'on trouve une première référence indéniable à d'autres réalisations. Jim vivant complètement seul et à des années-lumière de la Terre (comptez environ 55 ans pour y envoyer un simple message), il finit par se laisser aller et ressemble étrangement à partir d'un moment à Tom Hanks dans Seul au monde, sorti en 2001, dans lequel il se retrouve seul sur une île déserte durant plusieurs années à la suite d'un accident d'avion. Si on ne retrouve pas de scènes copiées collées dans Passengers, l'état physique de Jim est clairement un clin d'oeil à ce personnage devenu culte pour certains. Le barman, Arthur, pourrait être l'équivalent de Wilson, le ballon meilleur ami de Tom Hanks, avec toutefois davantage de conversation.

La deuxième référence évidente est étrangementTitanic, film culte s'il en est, sorti en 1998. Oui, car bien qu'il s'agisse là de deux vaisseaux, ils sont différents de bien des manières et ne semblent pas, à première vue, présenter de similitudes, bien au contraire. Le parallèle est cependant tout à fait possible : un homme et une femme quittent une vie qu'ils n'apprécient que moyennement pour l'autre bout du monde (ou de l'univers) en espérant mieux et tentent de survivre dans un vaisseau en perdition, on ignore jusqu'au bout si l'un des deux va connaître une fin tragique, elle est riche alors qu'il n'a qu'un travail manuel, et leur attachement ne va faire que grandir au fil de leurs aventures. Tout cela pour dire qu'en dépit d'époques complètement opposées, on peut remarquer que la force des sentiments et l'impuissance des hommes face aux machines sont les mêmes.

Au vu de son caractère très spatial, on peut également comparer ce film à Gravity, sorti en 2013, dans lequel Sandra Bullock et George Clooney se retrouvent, eux aussi, coincés dans l'espace et ressentent l'un pour l'autre des sentiments très forts. Il s'agit là aussi d'un huis clos, mais qui impressionne davantage au niveau des effets spéciaux et des décors, éléments qui ont forgé sa notoriété et lui ont permis d'être récompensé de 7 Oscars. Passengers ne manque pas non plus d'effets spéciaux et spatiaux qui n'ont rien à envier à Gravity, et comme dans ce dernier, Jim risque sa vie en sortant explorer l'univers et Aurora (Jennifer Lawrence) se rend compte qu'elle souhaite, elle, explorer un avenir avec lui.

Les acteurs principaux, puisqu'ils ne sont que trois, se devaient de proposer une performance sans faute, et le moins que l'on puisse dire, c'est que le défi est relevé haut la main, notamment pour Jennifer Lawrence, même si Chris Pratt ne démérite pas, en particulier dans la partie où il est totalement seul. Mention spéciale à Michael Sheen qui, sans avoir une importance cruciale au départ, livre une prestation assez bluffante et délivre Jim d'un secret qui le ronge mais dont nous ne dévoilerons rien. Ce huis clos nouvelle génération est donc très appréciable, et ce, par toutes les générations, justement, car il fait appel à des sentiments présents chez tout un chacun et nous rappelle que l'âme humaine est souvent plus profonde que les abysses océaniques ou cosmiques que le destin peut mettre sur notre chemin. 

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