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Critique
Patricia Kaas en live à la Salle Pleyel ou l'état de grâce permanent
Paru le 29/01/2017 à 13:15
Note rédaction
Note internautes

En entrant de nouveau dans la lumière treize ans après deux spectacles au long cours (Kabaret et Piaf), Patricia Kaas fait coup double avec un grand disque et un concert classieux. Renouant avec l'état de grâce sur scène, élégante dans le geste et dans le verbe, elle emporte tout sur son passage en une collection de succès joliment revisités et une farandole de nouvelles chansons à l’élégance altière. Une Patricia Kaas rayonnante, libérée, concernée. Nous étions à sa première parisienne avant le lancement de sa tournée.

Patricia Kaas n'avait pas enregistré de chansons inédites depuis l'album Sexe fort, une collection de titres taillés dans le rock qui n’avait pas laissé un souvenir impérissable. Pendant treize ans, elle s'est lancée dans deux spectacles au long cours : Kabaret, en hommage aux femmes des années 1930, et Piaf, pour les cinquante ans de sa disparition.

Elle a donc pris son temps pour ce retour dans la lumière avec un dixième album - le plus riche depuis longtemps - traitant la texture musicale avec méticulosité et l'approche textuelle avec profondeur, conçu comme une pièce réflexive dont les strophes d’une limpidité très ouvragée convient à la fois les tours tragiques de l’existence et leur ré-enchantement.

Cette fois-ci, c’est l'épreuve de la scène qui l'attendait, son berceau où elle s’est construite, a grandi et où elle atteint la plénitude de son expression. Salle Pleyel, l’attente était évidemment brûlante. Parce qu’il y a ce passif de plébiscite populaire et des chansons comme autant de tubes en plomb. Pas besoin de faire durer le suspense : c'est un enchantement permanent.

Elle surgit du fond de la scène, les bras entremêlés, cernée aux rayons laser. Elle entonne les premiers mots de "La Langue que je parle", chanson carte de visite, extraite de son dernier album. "La langue que je parle n'est pas celle que je chante. Elle est moins musicale, elle est bien plus violente [...]. Elle raconte la mine, où deux terres se rejoignent. Peut-être entre les lignes, l'enfance qui s'éloigne, Elle raconte une femme ". Elle appuie cette phrase lourde de sens. Après trente ans de carrière, la demoiselle de Forbach n'est plus une petite chose fragile mais une femme accomplie revenue de loin. Toutefois, pour autant, aucune tentation de jouer les affranchies, de renier ses origines. L'interprétation est d’emblée renversante.

Maturité assumée, confiance gagnée et séduction affirmée : Patricia Kaas n'a jamais paru aussi heureuse. "C’est le spectacle qui me ressemble le plus" affirme-t-elle dès le début du concert. Et, disons-le d'emblée : rien de ce qui suivra ne le démentira. À nouveau, nous avons vu cet éclat de la flamme de la bougie qui brûle sans vaciller. Interprétation habitée, classieuse, généreuse : on refait le chemin en sa compagnie, emportant tout sur son passage en une collection de succès élégamment revisités et une farandole de nouvelles chansons au raffinement altier. Celles-ci sensitives et à l’os, de chair et de sens, embrassent des questionnements existentiels et amoureux, ne laissant la lumière percer que rarement : "Cogne", le superbe texte de Rose sur le quotidien d’une femme battue, "Ma Tristesse Est N’importe Où" à la mélancolie abyssale et à l’abandon gracieux, "Adèle", la chanson coup de poing de Ben Mazué, l’impériale "La Maison en bord de mer", glaçant témoignage d’un inceste formidablement mise en scène et qui réveille la chair de poule, "Marre De Mon Amant" dont elle fait resplendir à l’envi toutes les nuances avec ses envolées poignantes au piano ou encore "Sans Tes Mains" à la mélodie hypnotique et à la beauté renversante que l’on prend en pleine face. A leur écoute, on se dit que décidément Patricia Kaas sait s’emparer avec maestria de toute la gamme des sentiments tourbillonnants et impétueux.

Saisissante profondeur, intimité sereine, sensibilité, séduction et mélancolie jaillissent tour à tour avec le même éclat et une élégance sans faille qui laisse tout l’espace à son aisance et à sa voix ample, toujours souveraine, chaude et qui virevolte en reine abeille. Les cinq musiciens impeccables, font corps et les arrangements inspirés et cousus au point de croix (tantôt jazzy, bluesy, tantôt métalliques, urbains, voire tribaux) appâtent et épatent par leur liberté et leur munificence.

Au cours de la déambulation de la vingtaine de titres qu’elle interprète durant deux heures, le public reçoit en offrande ses vieilles connaissances que sont "Entrer dans la lumière", "Les hommes qui passent", "Mon mec à moi", "Une fille de l'Est", "Ceux qui n'ont rien", "Il me dit que je suis belle", "Je voudrais la connaître", le sublime "Une dernière semaine à New-York" (qu’on avait presque oublié) ou encore "Mademoiselle chante le blues", parue il y a trente ans cette année. Un registre familier avec lequel elle arrive encore à nous cueillir entre montées euphoriques et plongées mélancoliques, nous ensorcelant d'un bout à l'autre. Enfin, en rappel, on se laisse happer par un "D’Allemagne" majestueux, déchirant, ample comme un astre noir et à la force émotionnelle incontestable. Indéniablement, cette première fut un grand soir. Du grand Kaas pleine de flamme.Succès oblige, elle fait une date supplémentaire au Grand Rex le 25 mars.

Patricia Kaas est actuellement en tournée dans toute la France : le 31 janvier à Metz, le 1er février à Maxeville, le 2 février à Dijon, le 4 février à Genève, le 9 février à Strasbourg... et le 25 mars au Grand Rex à Paris.

Pour en savoir plus sur Patricia Kaas :

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