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Critique
Patricia Kaas refait surface avec de la variété "haut-de-casse"
Paru le 17/11/2016 (mis à jour à 11:14:45)
Note rédaction
Note internautes

En entrant de nouveau dans la lumière treize ans après son précédent album de compositions originales, Patricia Kaas renoue avec l'état de grâce avec un album somptueux à l’intimité sereine faisant écho aux grandes heures des chansons de ses premiers albums période Barbelivien-Bernheim-Goldman. Un disque de chair et de sens qui porte la marque d'une belle résurrection avec des chansons affûtées à sa mesure.

Patricia Kaas n'avait pas enregistré de chansons inédites depuis l'album Sexe fort, une collection de titres taillés dans le rock qui n’avait pas laissé un souvenir impérissable. Pendant treize ans, elle s'est lancée dans deux spectacles au long cours : Kabaret, en hommage aux femmes des années 1930, et Piaf, pour les cinquante ans de sa disparition, qu'elle a présenté 150 fois dans le monde.

Elle a donc pris son temps pour ce retour au premier plan avec un dixième album - premier album éponyme de sa carrière- à l'élégance altière faisant écho aux plus grandes heures des chansons de ses premiers albums période Barbelivien-Bernheim-Goldman. Un album de chair et de sens où elle déploie sa voix noire de houille, tourbeuse comme une bière, sur des textes questionnant la vie et l'amour jusqu’à sa raison d’être et le bonheur que l’on éprouve à s’y ressourcer. La chanteuse semble avoir conçu son album comme une pièce réflexive dont les strophes d’une limpidité très ouvragée nous confronteraient à la fois à la beauté éprouvée de la vie et de l’amour et nous en consoleraient d’un même geste d’opulence. A son écoute, elle convie à la même table les tours tragiques de l’existence et leur réenchantement.

Il faut dire que la chanteuse au timbre mélancolique et à l'âme torturée revient de loin, des tréfonds d’un burn-out, cette dépression des temps modernes. Un accident de parcours qui signe sinon une résurrection ou une rédemption mais surtout une authentique renaissance artistique. Patricia Kaas a, en effet, mis du temps à échapper à la tutelle post-mortem d’une mère décédée trop tôt (puis son père et son frère), à ne plus se référer à son passé lourd et chargé, ne plus se préoccuper de mariage et d'enfants et à accepter le chaos des affects. Aujourd’hui, la demoiselle de Forbach n’est plus une petite chose fragile avec une confiance gagnée au cru de la vie, année après année, et cela se sent dans son nouveau disque.

Dès l’ouverture, avec le titre "Adèle", cette adolescente de la ballade féministe de Ben Mazué à qui sa mère explique que le sexe prétendument faible, dans un monde d’hommes, doit batailler deux fois plus pour s’imposer et que l’interprétation bluesy de Patricia Kaas, rend bouleversante, on sait qu’on ira haut. Et rien de ce qui suivra ne démentira cette impression première. Aucune entorse à la cohérence de l’album, ampleur des atmosphères et richesse des reliefs mélodiques : l’album se déploie et l’exigence est partout. Dès cette entrée en matière, on rentre dans le vif des relations humaines avec "Cogne", le superbe texte de Rose qui évoque le quotidien d’une femme battue ou l’impériale "La Maison en bord de mer", glaçant témoignage à la première personne d’un inceste, écrit par Pierre Jouishomme.

Pierre-Dominique Burgaud lui offre l’exaltant "Embrasse" et sa sublime envolée de cordes et Arno lui fait l'offrande d’un piano-voix onirique et sensuel au texte surréaliste "Marre De Mon Amant" dont elle fait resplendir à l’envi toutes les nuances. Charnelle, chaude, encore plus profonde, sa voix s'épanouit avec plusieurs pics sublimes à la beauté renversante que l’on prend en pleine face à l'instar des déchirants, intimes et vibrants "Sans Tes Mains" et "Sans nous" où elle n’a pas son pareil pour rendre intelligible les plus imperceptibles secousses de la sismographie des sentiments ou encore les majestueux "La langue que je parle" ( "La langue que je parle n'est pas celle que je chante. Elle est moins musicale, elle est bien plus violente [...]. Elle raconte la mine, où deux terres se rejoignent. Peut-être entre les lignes, l'enfance qui s'éloigne") ou le poignant "Le jour et l’heure" qui évoque les attentats parisiens ("Je prenais tout mon temps, rien n'avait d'importance/Les terrasses étaient pleines et les rires s'envolaient/Il y avait dans l'air un parfum d'insouciance") mais aussi de manière universelle tous ces moments de la vie où "Tout a basculé/L'instant précis même du malheur/Quand le téléphone a sonné"  et le sublime "Ma tristesse est n’importe où" qui dessine avec lyrisme les contours de sa mélancolie qu’elle porte depuis toujours en bandoulière.

Bref, ce que Patricia Kaas donne à entendre dans cette dixième livraison studio charme et émerveille par sa belle et saisissante profondeur, son intimité enfin sereine, enluminée de mélodies claires et radieuses aux arrangements raffinés avec toujours cette capacité à embrasser un large spectre d’émotions, à nous embarquer si brillamment au sein de balises intimes et à en faire un écho universel. Incontestablement, Patricia Kaas, à l’aube de sa cinquantaine rayonnante, a réussi à passer des paliers pour s’ouvrir à un chant irradiant qui n'en est que plus poignant et qui a gagné en plénitude pour notre plus grand bonheur.

Ecoutez son album grâce à notre partenaire Deezer :

Pour en savoir plus sur Patricia Kaas :

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