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Critique
"Personal Shopper" : il suffira d'un signe...
Paru le 07/01/2017 (mis à jour à 13:45:30)
Note rédaction
Note internautes

Malgré un titre en anglais et une histoire basée sur une jeune fille américaine, sans doute pour faire plus international, ce film est bel et bien français. Après l'avoir rencontrée sur le tournage de Sils Maria, sa précédente réalisation, Olivier Assayas a décidé de donner ici à Kristen Stewart le premier rôle. Un univers à la fois très réaliste et fantastique mais bien loin de Twilight. Et c'est tant mieux.

Paris et région parisienne, France, de nos jours. Maureen (Kristen Stewart), une jeune Américaine, débarque dans la maison où son frère jumeau a vécu jusqu'à sa mort afin de tenter de "communiquer" avec lui d'une manière ou d'une autre. Pour subvenir à ses besoins, elle est en même temps l'acheteuse personnelle d'une personnalité exigeante et sans scrupules qui vit dans les beaux quartiers parisiens et qui n'a pas le temps de s'occuper de broutilles telles que les éléments dernier cri à porter ou les courses, en somme des choses basiques pour le commun des mortels. Pour cette actrice, Maureen parcourt la ville, et même plus, à la recherche des dernières tendances en matière de vêtements et de bijoux hors de prix. Un jour, elle commence à recevoir de mystérieux messages d'une personne inconnue qui semble pourtant bien la connaître.

Pour continuer ce job malgré ses inconvénients et surtout le fait qu'elle le déteste profondément, elle s'accroche à la pensée de son frère et au signe qu'il avait promis de lui envoyer. Mais à force d'en voir partout, elle finit par se demander si elle ne devient pas folle et si ce n'est pas lui qui tente de communiquer avec elle d'une manière plus moderne qu'elle ne l'aurait imaginée. Cette seule pensée l'effraie mais la pousse à y croire en même temps, comme si la peur était finalement accessoire à côté du besoin vital de recréer une quelconque relation avec son frère, fût-elle purement imaginaire. Un suspense simple mais intense nous tient malgré nous en haleine en dépit d'une certaine lenteur et d'un sentiment de folie presque contagieux.

Ce qui frappe en premier lieu dans ce film, ce sont les divers contrastes qui le composent. Tout d'abord, entre le côté fantastique et sombre, parfois à la limite du film d'horreur, et le réalisme de la vie de Maureen à Paris. Comme beaucoup de Parisiens qui ne roulent pas sur l'or, elle doit travailler pour payer un loyer exorbitant, vit dans un studio bien trop petit pour avoir envie d'y rester et se force à continuer un job qui ne lui apporte rien, si ce n'est un salaire nécessaire à son séjour en France et à sa survie, aussi bien physique que mentale. Son mode de vie contraste également avec celui de sa "patronne" qui, tout en étant des plus condescendantes et blasées, ne réalise pas la chance qu'elle a de vivre tant de mondanités qui lui paraissent trop banales et de voyager autant qu'elle le fait. Maureen, quant à elle, passe presque plus de temps de son luxueux appartement qu'elle et déteste le fait de se sentir aussi infériorisée par rapport à cette pseudo-célébrité pour une simple question de moyens financiers.

On se réjouit toutefois que ce ne soit pas réellement un film d'horreur dans le sens le plus pur du terme car cela aurait détruit la part réaliste du projet. Le surnaturel est simplement évoqué, en plus d'être invoqué, et représenté d'une manière assez simple, comme le réalisateur le souhaitait. On ne tombe pas dans des clichés d'esprits fantasmagoriques, on ne sait même pas vraiment ce qu'on voit, ni même si on l'a vraiment vu, mais les personnages non plus, ce qui fait qu'on se retrouve dans le même expectative : on attend de savoir ce qu'il en est, ce qui s'est réellement passé dans cette maison, et surtout de voir si les esprits peuvent vraiment contrôler le nôtre. Mais ce n'est pas le sujet principal du film, et ce n'est pas plus mal.

Pour une fois, la ville de Paris n'est pas représentée uniquement sous des aspects lumineux et clinquants et, quelque part, ça fait du bien. D'autant plus pour une Américaine qui, comme souvent, a dû en avoir une image idéalisée. Le fait de la voir en tenue plus que confortable se balader en scooter dans les rues les plus fastueuses de la capitale créé là encore une dissonance avec la vie de celle qui la paie et qui ne profite finalement pas de tout cela. On se demande même comment elle est encore acceptée dans les plus grandes enseignes vu que la plupart d'entre nous ne le seraient pas en raison d'une trop grande "normalité" apparente. On notera tout de même que le tournage, comme beaucoup d'autres, a eu lieu en partie après les attentats du 13 novembre 2015. On comprend alors presque mieux le sentiment de mal-être que semble ressentir le personnage de Kristen Stewart, qui se fiche totalement d'évoluer dans une ville comme Paris et ne ressent aucun plaisir à le faire tellement la douleur d'avoir perdu sa "moitié" la hante et prend le dessus sur chacun de ses sentiments.

Après Sils Maria, sorti en 2014, pour lequel Kristen Stewart a reçu le César du meilleur second rôle, il s'agit là de sa seconde collaboration avec Olivier Assayas, et c'est encore une fois une réussite pour la jeune actrice qui dépasse de loin son étiquette de Miss Vampire et ses déboires personnels pour nous prouver ses vrais talents d'actrice. Car même si elle tient le premier rôle, elle est loin d'être à son avantage physiquement, avec un look anti-féminin au possible, mais cela la rend finalement plus accessible et plus normale. Le fait qu'elle joue une espèce de sous-fifre d'une actrice plus people qu'autre chose est assez ironique vu que c'est un peu ce qui lui est arrivé il y a peu de temps. Elle était alors plus présente sur papier glacé que sur grand écran, et c'est bien dommage. Ce sens de l'autodérision nous donne presque envie de la voir dans un rôle plus léger, presque comique.

Ce film, écrit après un projet que le réalisateur a dû abandonner la veille du tournage, nous prouve à quel point la passion peut prendre le pas sur la déception et nous ramener vers ce qu'il y a de plus essentiel. Plus profond qu'il n'y paraît, on se laisse prendre par l'histoire finalement simple mais au langage international. Les êtres que l'on croit supérieurs se révèlent plus humains qu'on ne l'imaginait alors que les êtres qui n'existent plus se montrent supérieurs en termes d'omniprésence et d'intensité. Que l'on n'y croit ou pas, on ne peut s'empêcher de se poser des questions, et même si les réponses s'avèrent en définitive logiques, on comprend assez vite que les seules choses qui ne s'achètent pas, c'est l'envie et la vie.

Pour en savoir plus sur Kristen Stewart :

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