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Critique
"Pris de court" : une leçon d'humanité
Paru le 29/03/2017 (mis à jour à 16:48:56)
Note rédaction
Note internautes

Adepte de scénarios forts mais relativement intimistes, la trop rare Emmanuelle Cuau nous propose ici un film simple mais efficace sur une femme prise dans la tourmente du mensonge, dans laquelle elle entraîne bien malgré elle sa famille. Une histoire et un suspense somme toute banals mais avec des personnages réalistes et attachants.

Paris, France, de nos jours. Nathalie (Virginie Efira) est une femme veuve depuis peu qui débarque à Paris avec ses deux fils, Bastien (Jean-Baptiste Blanc), 8 ans, et Paul (Renan Prévot), 15 ans, après avoir vécu au Canada, puis dans la région de Perpignan. Joaillère de formation, elle est heureuse d'avoir trouvé un emploi dans un quartier chic de Paris. Seulement, voilà, à peine installée dans la capitale et à l'aube de son premier jour de travail, elle reçoit l'appel de sa future ex-employeuse qui lui annonce qu'elle ne peut plus l'embaucher en raison d'un avis défavorable de son patron, qui ne sera donc jamais celui de Nathalie. Elle a beau se défendre de cette situation selon elle illégale au vu du contrat signé, rien n'y fait : elle n'est plus acceptée dans cet atelier de fabrication.

La descente aux enfers ne fait alors que commencer pour Nathalie et ses deux enfants, qu'elle protège au maximum en ne leur dévoilant rien de sa nouvelle non-vie professionnelle. Au lieu de cela, elle passe ses journées à chercher un emploi, quel qu'il soit, afin de subvenir un tant soit peu à leurs nouveaux besoins. Elle finit par devenir serveuse dans un petit bistro parisien, tandis que Bastien ne se fait pas vraiment des amis à l'école et que Paul, comme de nombreux adolescents influençables et en pleine crise, se rapproche peu à peu d'un précipice aussi bien financier que moral plus abyssal qu'il ne l'imagine, qui va précipiter encore un peu plus la perte d'une famille déjà meurtrie et décomposée malgré les efforts de chacun au départ.

En proie à une accumulation de problèmes et à des relations plus que tendues avec son aîné, Nathalie va tenter de ne pas perdre pied et l'aider de toutes ses forces pour le sortir de ce cercle plus que vicieux dans lequel il s'est laissé entraîner par son soi-disant nouvel ami. Attiré par l'argent facile, il va paradoxalement rencontrer les pires difficultés en même temps que les gens les moins fréquentables de la ville dans un milieu où tout n'est que business mais où les affaires personnelles n'ont pas leur place, tout comme un enfant de 8 ans. La corde au cou, Nathalie n'a d'autre solution que d'envisager de mettre en péril un job qu'elle avait enfin trouvé dans son domaine dans le seul but de sauver son fils de personnes sans états d'âme, voire carrément sans âme, mais avec beaucoup d'argent et une envie viscérale d'en avoir toujours plus.

Une histoire relativement simple basée sur des personnages réels et réalistes, le tout dans une durée tout à fait raisonnable, à peine 1h25, voilà les points les plus positifs de ce petit film sans prétention qui pourrait pourtant prétendre à plus d'égards. La durée est peut-être un détail pour vous, mais pour certains, ça veut dire beaucoup, et à ce niveau-là, on sent bien que la réalisatrice n'a pas voulu en faire des tonnes, contrairement à bon nombre de ses collègues, et c'est fort agréable. C'est le temps qu'il faut pour avoir une mise en place, quelques rebondissements et un vrai dénouement. C'est largement assez pour nous présenter cette famille privée d'un de ses piliers mais qui, plutôt que de tomber, renverse la vapeur et va au charbon pour retrouver un train de vie décent. Enfin, surtout Nathalie, incarnée par une Virginie Efira à fleur de peau et d'émotion dans ce rôle assez inattendu. Il est tout de même rare qu'une actrice accepte de jouer une femme logiquement plus âgée qu'elle, ne serait-ce que de quelques années. Elles font au contraire tout pour paraître toujours plus jeunes. Non pas que l'actrice fasse plus que son âge dans ce film, loin de là, mais disons c'est un choix d'autant plus louable de nos jours.

Les enfants jouent également un rôle primordial, dans tous les sens du terme, et il est fort à parier que l'on reverra ces jeunes acteurs dans les années qui viennent. Ils n'incarnent pas réellement ici des personnages secondaires car c'est un peu comme si la famille était un personnage à elle seule. Lorsque l'un des membres vacille, c'est toute la structure qui tremble avant de retrouver peu à peu un équilibre, souvent précaire, soit, mais qui empêche un effondrement généralisé. On n'oubliera pas de noter non plus la présence essentielle de Gilbert Melki dans un rôle aussi dur et froid que les diamants que taille Nathalie dans son atelier, avec un jeu aussi riche que les gens qui peuvent se permettre de les acheter. Tout est finalement à la fois dans la sobriété, même si on comprendrait aisément que Nathalie se mette à boire au vu de ce qui lui arrive, mais aussi dans l'ivresse du changement, l'envie de changer de vie ou de changer les choses à tout prix, ou presque.

Au vu du pitch, on imagine un film plutôt social cherchant à dénoncer les patrons qui se croient tout permis ou encore un portrait de ces gens qui ont réellement tout perdu, mais qui n'en ont jamais rien dit à leurs proches au risque de perdre encore davantage et de se perdre dans un tourbillon de mensonges. On songe notamment à des histoires comme dans L'adversaire, un film avec Daniel Auteuil s'inspirant de la vie réelle d'un certain Jean-Claude Romand, qui avait passé sa vie à mentir à sa famille en faisant croire qu'il était médecin alors qu'il passait ses journées dans sa voiture à simplement étudier la médecine dans des ouvrages spécialisés. On n'en est pas là du tout dans ce film, bien au contraire. L'histoire n'est pas centralisée sur Nathalie qu aurait, accessoirement, deux enfants à nourrir. Oui, elle leur ment concernant sa situation professionnelle originelle, mais ce n'est que le point de départ d'une superposition de mensonges dont elle ne sera pas la seule responsable.

Au fond, personne n'est totalement innocent, et c'est bien là le message de ce film car, parfois, on n'a tout simplement pas le choix. Loin de faire l'apologie du mensonge, cette histoire nous permet de réaliser de manière pondérée et pragmatique que chacun d'entre nous peut se retrouver dans une situation qui le dépasse et se rendre coupable d'actes inimaginables afin de sauver sa peau ou celle de ses proches. On commet tous des erreurs, mais fort heureusement, elles ne nous mènent pas toutes à commettre des choses inavouables. Malgré tout, on ne peut pas toujours calculer tous les paramètres d'une situation, en particulier quand on n'a pas tous les détails ni toute la véracité des faits. C'est exactement ce qui arrive à Nathalie, qui se retrouve coincée dans un enchaînement de difficultés dont elle était loin de se douter en arrivant à Paris. Le tournage y ayant d'ailleurs débuté à peine trois jours après les attentats du 13 novembre 2015, on imagine qu'interpréter une femme bousculée par la vie et par des gens peu recommandables et sans scrupules n'a pas dû demander un effort surhumain. Normal, donc, qu'elle parvienne à incarner un personnage aussi humain. Ca l'est un peu moins d'y ajouter une telle dose de talent.

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