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Critique
"Priscilla Folle du Désert" : un hymne à la tolérance haut en couleurs
Paru le 20/03/2017 (mis à jour à 09:25:09)
Note rédaction
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C'est une débauche de bonne humeur, de folie furieuse, de costumes déjantés et de tubes gay-friendly que l'on retrouve actuellement au Casino de Paris. Malgré un ensemble assez inégal, la comédie musicale Priscilla Folle du Désert version française reste fidèle à l'esprit du film sulfureux de 1994 et réussit le pari de nous faire sortir de la salle avec un large sourire sur les lèvres…

Qui ne se souvient pas de Mitzi, Bernadette, Felicia et de leur folle traversée du désert australien ? Réalisé en 1994, le film de Stephan Elliott Priscilla, Folle du désert n'était à sa sortie pas passé inaperçu. Adoré autant que décrié, il avait notamment décroché le prix du public au Festival de Cannes ainsi que l'Oscar des meilleurs costumes en 1995. Le public avait été touché par cette histoire racontant les aventures de Dick alias Mitzi, un drag queen qui décide de quitter Sidney pour partir se produire au casino d'Alice Springs où se trouvent son ex-femme et son fils, en emmenant dans ses bagages le drag queen déluré Felicia et le transsexuel déprimé Bernadette. Ils feront tous les trois un road trip aussi drôle qu'initiatique dans le désert à bord d'un bus baptisé Priscilla. Rythmé par les plus grands tubes disco et totalement jubilatoire, ce voyage cinématographique a naturellement fini par faire l'objet d'une comédie musicale créée à Sydney en 2006, qui s'est ensuite exportée à Londres en 2009 puis à New York en 2011 avec à chaque fois quelques divergences de mise en scène.

Est-ce la vague de comédies musicales qui inonde Paris depuis un certain temps, ou bien l'envie de faire un énorme pied de nez à la morosité et à l'intolérance ambiantes qui a poussé le producteur Claude Cyndecki à adapter le show sur les scènes françaises ? Toujours est-il que Priscilla, la comédie musicale a pris ses quartiers depuis le 26 février dernier dans l'enceinte du prestigieux Casino de Paris. Et depuis, la salle ne bruisse que des froufrous des quelques 300 costumes tous plus excentriques les uns que les autres créés par Frédéric Olivier, et résonne au son des tubes très gay-friendly (dont les textes ont été conservés en langue anglaise) de Madonna, Kylie Minogue, Cindy Lauper, Aretha Franklin et autres Gloria Gaynor et des cris d'allégresse des spectateurs en quête de paillettes et de bonne humeur. Une bouffée d'air frais bienvenue actuellement… Après avoir préparé la salle au son d'un "Gimme ! Gimme ! Gimme !" du groupe Abba qui monte crescendo, le rideau s'ouvre directement sur le tube "It's raining men" interprété par le trio de divas dans lequel on peut retrouver, selon les représentations, les ex-The Voice Amalya Delepierre, Stacey King et Ana Ka, Sofia Mountassir (Love Circus), et Kania Allard (Sister Act). De quoi chauffer à blanc un public déjà survolté. Ensuite, tout au long du show, les 25 comédiens/chanteurs n'auront de cesse de mettre toute leur énergie au service de cette histoire au couleurs de l'arc en ciel.

Pour sûr, les moyens ont été mis pour rivaliser avec les versions anglo-saxonnes de la comédie musciale, et ce malgré quelques libertés prises par le metteur en scène Philippe Hersen. On retrouve en tout cas avec plaisir les scènes cultes qui avaient fait le succès du long-métrage – la chorégraphie des "Girls" dans le désert australien devant des touristes médusés, les échanges parfois houleux avec les autochtones, ou encore la fameuse scène de Cynthia et de ses balles de ping-pong, interprétée ici par une Alice Lyn (Avenue Q, Vocapeople,…) irréprochable et hilarante –, ainsi que les dialogues du film presque intacts. De même, certains costumes, dont la célèbre tenue robe-tongs de Mitzi, ont été reproduits à la perfection. Pour le reste, c'est une débauche de plumes, de paillettes et de costumes parfois presque caricaturaux. On reste en tout cas fidèle à l'esprit du film.

Niveau décors, seuls quelques accessoires et des projections vidéo habillent la scène. Les costumes, presque des décors à eux seuls, prennent déjà beaucoup de place et attirent l'attention. Mais un soin tout particulier a été apporté à l'un des éléments principaux de l'histoire : le bus, Priscilla, totalement robotisé et plus vrai que nature. On ne boude pas son plaisir en le voyant changer d'allure et de couleurs au gré des effets visuels, ou encore s'ouvrir pour nous laisser admirer son intérieur kitchissime aménagé par Mitzi, Bernadette et Felicia.

Le spectacle n'est pas non plus tout à fait exempt de défauts. En voulant piocher des idées dans chaque adaptation de la comédie musicale – par exemple, le personnage de Felicia est dans la version française à la fois fan de Madonna et de Kylie Minogue, qui ont donc toutes les deux droit à leur medley – le rendu est en effet un peu brouillon et fourre-tout. Cette impression est également accentuée par quelques enchaînements peu pertinents et pas toujours très fluides. Par ailleurs, Laurent Bàn (Notre Dame de Paris, Aladin, Zorro, Mozart l'Opéra Rock version coréenne,...) ne semble pas très à l'aise dans le rôle de la drag-queen Mitzi, qui est pourtant le rôle principal. Son jeu n'est pas toujours très crédible et même dans les scènes qui auraient pu provoquer de l'émotion, comme les retrouvailles avec son fils, on a du mal à se laisser convaincre. Jimmy Bourcereau (Flashdance) joue de son côté la Felicia excentrique et horripilante que l'on attendait. Mais on ne va pas se mentir, David Alexis (Avenue Q, Le Bal des Vampires, Oliver Twist,…) éclipse tout le monde et de loin. Il incarne une Bernadette charismatique, juste, émouvante et cynique à souhait, tant au niveau du jeu que du chant. Et le public ne s'y trompe pas, riant à chacune de ses interventions et l'applaudissant à tout rompre lors des rappels.

Si quelques inégalités peuvent être relevées, Priscilla, la comédie musicale est véritablement le spectacle feel-good du moment. Et même pour les spectateurs qui auraient un peu de mal avec les tubes disco-pop de Madonna, Kylie Minogue et consorts, il est impossible de ne pas se laisser attendrir par ces trois personnages aussi drôles qu'attachants et de ne pas se laisser entraîner dans leur folle épopée vers Alice Springs. Une ode à la liberté bienvenue actuellement.

Découvrez la bande-annonce de Priscilla, la comédie musicale, à l'affiche du Casino de Paris jusqu'au 6 mai 2017 avant un départ en tournée dans toute la France :

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