21 passionnés en ligne
Critique
"Si j'étais un homme"... serais-je pour autant capitaine ?
Paru le 02/03/2017 (mis à jour à 00:49:06)
Note rédaction
Note internautes

Contrairement à Diane Tell, qui se voyait musicalement parlant dans la peau d'un homme en 1981, Audrey Dana ne va pas vraiment avoir le choix de se poser la question dans ce film original et pas si léger qu'elle porte à bout de bras (et d'autre chose...), du scénario à l'interprétation, quitte à se retrouver, pour le coup, davantage dans la peau d'un Guillaume Tell très féminin se battant au nom de l'indépendance des femmes.

Paris, France, de nos jours. Jeanne (Audrey Dana) est une femme de 38 ans prête à tout pour reconquérir son mari (Antoine Gouy) jusqu'à ce que celui-ci lui annonce de manière assez brutale qu'il la quitte pour une autre qui est, qui plus est, déjà enceinte. A peine a-t-elle eu le temps digérer la nouvelle qu'elle doit partager la garde de ses deux enfants sans vraiment qu'il lui ait demandé son avis et se retrouve donc seule pour la première fois depuis des années. Pour compenser le manque, elle se confie à sa voisine et amie, la jolie Marcelle (Alice Belaïdi), et se morfond sur une soirée ratée avec un collègue, Merlin (Eric Elmosnino), qu'elle croise bien malgré elle tous les jours sur un chantier écologique qu'elle a elle-même élaboré. Ce qu'elle ne dit pas, c'est qu'elle n'a en fait aucun souvenir de ce moment passé avec lui en raison d'une trop grande quantité d'alcool ingérée.

Se pensant ridicule au possible pour toutes ces raisons, elle aimerait se cacher dans un trou de souris pour le restant de sa vie, mais le destin va en décider autrement. Quelle femme n'a décemment jamais songé à ce que pourrait être le fait d'être un homme physiquement parlant le temps d'une journée ? Eh bien, c'est ce qui va arriver à Jeanne de manière totalement incontrôlée, le seul problème étant qu'elle ne va pas se changer totalement en homme, que ça ne va pas durer une journée et qu'elle n'aura pas simplement à se réveiller pour régler ce "problème" de taille (oui, là, ça compte vraiment). Elle décide alors de consulter en urgence son gynécologue (Christian Clavier), qui se retrouve aussi désarmé qu'elle devant un tel scénario complètement inédit. Essayant de la rassurer, il se dit que cela peut apporter beaucoup à la science, mais qu'en est-il de la science humaine et du rapport aux autres ?

Car oui, en plus de l'instrument à gérer d'un point de vue technique, arrivent également les attitudes typiquement masculines et une attirance irrépressible envers les femmes, y compris les plus proches, qui se ressent et se gère évidemment de façon totalement différente et plus visible chez les hommes. Et tout cela sans compter bien sûr les petits bobos auxquels on ne pense pas toujours en étant une femme et le fait de se retrouver chaque jour entourée de testostérone à son travail et se sentir jugée pour le simple fait d'être une femme censée diriger ceux qui sont presque devenus ses alter ego masculins. Marcelle, quant à elle, est ébahie par cette situation et presque même jalouse de la chance qu'a selon elle Jeanne de connaître les deux alors que cette dernière donnerait tout pour repartir en arrière et se débarrasser de cette chose qu'elle n'a jamais demandée.

Si la première question que vous vous posez est de savoir si on voit le fameux attribut un moment donné, la réponse est bien sûr non, mais toujours est-il que l'illusion est assez parfaite et que, malgré l'absurdité de la situation, on y croit et on se demande (sûrement) toutes ce qu'on aurait fait à sa place. Malgré tout, le film ne s'adresse pas simplement aux femmes, bien au contraire. En dépit de ce que l'on pourrait croire, l'objectif n'est vraiment pas de faire la part belle à la gente féminine et de partir du principe que tous les hommes sont des vauriens, des machos ou pire. Ce n'est pas comme si le personnage de Jeanne avait choisi de faire une expérience ou qu'elle ait souhaité changé de sexe car d'un, ce n'est pas entièrement le cas, et deux, elle ne fait pas partie de ces femmes qui détestent foncièrement tous les hommes mais ne peuvent s'en passer pour la raison qu'elle porte désormais assez peu fièrement.

Avec un sujet aussi "couillu", il apparaissait logique d'en faire une comédie et presque impossible d'en faire autre chose, car l'idée semble déjà tellement saugrenue et irréaliste que seule un apport comique pouvait rendre le tout plausible. Il faut bien avouer que la simple évocation du thème de ce film fait sourire, mais pas forcément dans le bon sens. Audrey Dana s'en sort donc avec les honneurs car il n'est pas donné à tout le monde d'oser aborder ce genre de problématiques qui nous ramènent évidemment vers des sujets plus profonds comme les rapports hommes/femmes ou la part de féminité et de masculinité que nous avons tous en nous, quel que soit notre sexe "de départ". Certains choisissent même d'en changer afin de ressembler enfin à ce qu'ils sont intérieurement, mais ce n'est pas le sujet ici, il faut bien le comprendre. D'ailleurs, la communauté transgenre a parfois mal pris ce film, ce qui est assez difficile à concevoir du fait qu'il s'agit de dénoncer, sous couvert de l'humour, les inégalités, y compris celles dont sont victimes ces personnes, puisqu'il est assez facile de penser que le personnage de Jeanne est transsexuel.

Dans tous les cas, ce film ne va pas aussi loin, même si après Sous les jupes de filles, qui analysait déjà la vie de plusieurs femmes, Audrey Dana étend le sujet aux hommes et que l'on sent bien que ce sont des thèmes qui l'intriguent depuis longtemps. Bien sûr, ce n'est pas nouveau, bon nombres de films ont déjà joué avec cette idée. On se souvient par exemple de Ce que veulent les femmes, sorti en 2001, dans lequel Mel Gibson entendait les pensées des femmes qu'il croisait et apprenait ainsi à les traiter mieux qu'il ne le faisait jusque-là, ou de long métrages plus sérieux comme le récent The Danish Girl, qui traitait véritablement de transsexualité. C'est un autre niveau, et si on reste à un stade purement divertissant, le pari est gagné avec ce film. A noter que la "métamorphose" se passe, comme dans de nombreux films du genre, pendant une nuit d'orage, à l'image de Big, une des premières performances de Tom Hanks en 1988, ou Freaky Friday, dont le dernier remake date de 2003.

Côté casting, on ne peut s'empêcher de penser au médecin qu'il incarne dans la trilogie des Bronzés quand on voit Christian Clavier exalté comme au premier jour par cette situation unique qui le laisse pantois mais le trouble en même temps plus que de raison. Après de nombreux petits rôles, on l'a notamment aperçue il y a peu dans La taularde, avec Sophie Marceau, Père fils thérapie ou encore L'ascension, on découvre enfin Alice Belaïdi avec plaisir dans un presque premier rôle qu'elle illumine par sa fraîcheur et sa spontanéité. Audrey Dana, quant à elle, n'aurait pas forcément dû jouer ce rôle elle-même, mais elle le porte finalement très bien et a parfaitement su mener sa barque où elle l'avait décidé. On n'irait pas forcément jusqu'à lui donner un César, on hésiterait d'ailleurs entre celui de l'espoir féminin ou masculin, mais elle incarne de manière à la fois légère et profonde une Jeanne en panique, puis plus terre à terre, qui finit presque par se satisfaire de ce qu'elle a en trop, pour le plus grand plaisir de chacun, solitaire ou non.

Vous avez la parole

La rédaction vous recommande

| Films
Note rédaction
Plus de 20 ans après Delphine 1, Yvan 0 et après le succès mitigé de Bis, sorti en 2015,...
4j | 0 | 296
| Films
Note rédaction
Pour son troisième film, Stéphane Robelin retrouve Pierre Richard, qu'il avait déjà...
16j | 0 | 837
| Films
Note rédaction
A la fin du XVIIIe siècle, Belle s'ennuie dans un petit village isolé en France et elle trouve refuge dans...
26j | 0 | 1122
| Films
Note rédaction
Ce portrait en quatre actes d'une seule et même personne, à savoir une jeune femme en proie à de...
32j | 0 | 832
| Films
Note rédaction
Adepte de scénarios forts mais relativement intimistes, la trop rare Emmanuelle Cuau nous propose ici un film simple...
32j | 0 | 767
| Films
Note rédaction
Ce nouveau film d'animation DreamWorks va certainement plaire aux petits et aux grands grâce à des...
34j | 0 | 711
| Films
Note rédaction
Un nouveau film de Claude Lelouch est toujours un événement, et ce, depuis ses débuts avec notamment...
38j | 0 | 719
| Films
Note rédaction
Ben est victime d'un grave accident terriblement bête et se retrouve tétraplégique...
39j | 0 | 832
| Films
Note rédaction
Miss Sloane, lobbyiste redoutable, s'engage dans une guerre sans merci pour influencer des sénateurs...
40j | 0 | 848
| Films
Note rédaction
Pour son premier long métrage, le Québécois Yan England n'y va pas par quatre chemins et aborde sans...
45j | 0 | 842

A lire également

| Live report
Note rédaction
Tantôt espiègle, tantôt soucieuse, souvent emmerdeuse, Eskelina s'amuse sur scène et offre une...
2j | 0 | 292
| Live report
Note rédaction
Son concert parisien aux Étoiles, Blondino s'en rappellera longtemps ! Quand le bleu décide de broyer du...
2j | 0 | 278
| Live report
Note rédaction
L'anglaise Charlotte OC faisait un passage éclair en France mercredi soir pour son premier concert parisien. Un...
2j | 0 | 218
| Live report
Note rédaction
Muse un jour, muse toujours ! Quand Birkin sort de sa retraite médiatique c'est pour chanter Gainsbourg bien...
2j | 0 | 223
| On a testé
Note rédaction
Le Musée national de l’histoire de l’immigration rend compte d’un siècle (de 1860 à...
2j | 0 | 187
Buzz culturel
LE COIN DES INTERVIEWS
Calogero
| Musique
2902j | 2 | 1645
Florent Mothe
| Musique
1552j | 0 | 11901
Manu Larrouy
| Musique
1798j | 0 | 1650
Sarah Caillibot
| Musique
615j | 1 | 2161
Daphné
| Musique
1133j | 0 | 1124

Page générée en 0.652 secondes.