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Critique
"Split" : un corps bien fait mais une tête trop pleine
Paru le 01/03/2017 (mis à jour à 23:59:00)
Note rédaction
Note internautes

Deux ans après sa dernière réalisation, un énième film d'épouvante, et avant le retour éventuel des Contes de la crypte à la télévision grâce à lui, M. Night Shyamalan fait son grand retour au cinéma avec un film dérangé et dérangeant au possible qui nous rappelle les grandes heures de sa filmographie.

Philadelphie, Etats-Unis, de nos jours. Claire (Haley Lu Richardson), une jeune fille américaine sans histoires, célèbre son anniversaire dans un restaurant lambda avec quelques amies, y compris Marcia (Jessica Sula) et Casey (Anya Taylor-Joy), la rebelle silencieuse du lycée, qu'elle s'est quelque peu forcée à inviter pour ne pas faire de vagues. Au moment de quitter la fête avec le père de Claire (Neal Huff), les trois adolescentes sont enlevées par un homme qui les séquestrent dans son sous-sol et vient les voir de temps à autre. Intriguées par la présence d'autres personnes, elles vont vite se rendre compte qu'il s'agit en réalité d'un seul et même corps qui n'est jamais dirigé par le même cerveau.

L'homme, Kevin de son vrai nom (James McAvoy), a déjà révélé 23 identités diverses au Dr Fletcher (Betty Buckley), qui le suit depuis longtemps et connaît bien chacun d'entre elles, au point de leur parler différemment quand elle croit deviner en présence de qui elle se trouve. Fascinée par ce phénomène, elle n'a pas peur de lui et ne se méfie pas vraiment de la 24ème individualité qui semble être en train de se développer et qui n'est pas là pour rigoler. Elle sait que parmi cette foule intime se trouvent déjà des personnalités peu recommandables, mais elle pense être parvenue à les gérer au mieux afin qu'elles ne prennent pas le dessus sur d'autres, beaucoup plus agréables et quasiment normales pour quelqu'un qui ne les croiserait qu'une fois chacune.

Adepte des productions fantastiques, et sans conteste maître du genre à une certaine époque avec notamment Sixième sens en 1999 ou Incassable en 2000, M. Night Shyamalan nous offre ici une nouvelle facette de son talent d'auteur, qui semble aussi foisonnant que le cerveau de Kevin. Déçus des réalisations qui ont suivi, à l'image de Signes (2001), du Village (2004), de La jeune fille de l'eau (2006), de Phénomènes (2008) ou encore d'After Earth (2013), dont les dénouements se révélaient trop abracadabrants ou nous laissaient sur notre faim, on retrouve enfin ici un rythme soutenu et une fin plus réaliste, bien qu'un peu poussive, dans un film sans effets spéciaux, et on se réjouit qu'il ait pris le temps de le faire au lieu de sortir des films plus insipides les uns que les autres un peu à la chaîne.

James McAvoy, choisi en remplacement du premier choix qu'était Joaquin Phoenix, tire évidemment son épingle d'un jeu remarquable dans lequel il parvient à s'approprier chacune des identités soi-disant présentes dans sa tête. La force du scénario réside également dans la puissance qu'il met dans chacune de ses interprétations, comme s'il s'agissait à chaque fois d'un autre personnage à part entière et d'une autre histoire, ce qui rend le tout plus difficile à suivre, mais c'est finalement l'objectif principal. Le paradoxe, car il y en a un, réside dans le fait que malgré tout cela, il y a tout de même un moment donné un effet de déconnexion, voire de longueur, en raison de la multitude de personnalités ainsi que de l'arrivée de la 24ème, qui se fait un peu trop attendre.

Les jeunes actrices principales s'en sortent très bien elles aussi, notamment Anya Taylor-Joy (aperçue dans le film d'horreurThe Witch, sorti en juin 2016), qui donne à son personnage une dimension un peu sombre et plaisante. Suivre en parallèle sa propre histoire afin de comprendre comment elle est devenue si différente des jeunes de son âge est une très bonne idée qui permet notamment de s'évader quelques instants de ce sous-sol étouffant. Les deux autres comédiennes sont un peu des clichés d'adolescentes, mais ne déméritent pas lorsqu'il faut faire preuve d'une certaine profondeur ou de peur panique. Betty Buckley, quant à elle, s'est investie dans son rôle de psychiatre au point d'étudier ce phénomène à l'aide d'un véritable psychologue spécialisé dans ce genre d'eaux troubles dans lesquelles personne ne voudrait avoir à nager.

Tous comme les acteurs, le lieu n'a pas été choisi par hasard, puisque M. Night Shyamalan a pris pour habitude de tourner tous ses films dans sa ville natale de Philadelphie. C'est même devenu une condition inflexible de ses tournages. Seulement, dans ce cas précis, on ne sait pas vraiment où se déroule l'action, principalement tournée en huis clos dans un sous-sol. Ce n'est qu'au détour d'un taxi qu'on le devine. Cela permet entre autres au réalisateur de ne pas se poser de questions sur la localisation et de voir la ville comme un tableau aux multiples facettes tout en l'utilisant parfois elle-même comme un personnage. On imagine que c'est d'autant plus facile pour lui qu'il connaît cette ville sur le bout des doigts. Il peut ainsi se focaliser davantage sur son travail et la direction des comédiens ou toute autre créature qu'il aurait inventée. C'est encore un peu le cas ici, et on finit par se dire qu'il est réellement fasciné par les bêtes en tous genres, qu'elles soient simplement des bêtes curieuses ou qu'elles deviennent plus que ça.

La base du film repose avant tout sur le fait de croire à ce genre de phénomènes, à savoir une dissociation complète des différentes personnalités. Par exemple, l'une d'entre elles a développé un diabète alors que les "autres" vont parfaitement bien au niveau physique, bien qu'elles aient toutes des caractéristiques multiples et variées. Il faut donc imaginer que l'on a réellement affaire à 23 personnes différentes qui peuvent même parfois interagir entre elles et se répondre comme si elles étaient vraiment à deux, voire plus, et agir à notre tour de manière distincte selon la personne que l'on a en face de nous. Cela peut être un homme, une femme ou même un enfant. Il faut alors subtilement s'adapter à chacun.

Le but n'est pas vraiment de savoir si ce genre de personnes existent, mais bel et bien de les considérer comme des gens à part entière, un peu comme tente de le faire le Dr Fletcher. Selon elle, il s'agirait peut-être non pas d'une maladie, mais plutôt d'une capacité à utiliser toute l'étendue de notre cerveau, comme si ces gens-là avaient développé des aptitudes intérieures supplémentaires afin de se protéger du monde extérieur. Toutefois, comme ces manifestations effraient la plupart d'entre nous, M. Night Shyamalan a préféré en faire un thriller avec un personnage qui devient vraiment fou plutôt que d'aller au bout de cette analyse intéressante qui pourrait s'avérer finalement bénéfique et rendre les personnes souffrant de ce type de dissociation, dans une moindre mesure, moins mises à l'écart et peut-être moins dangereuses. 

 

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