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Critique
"Tunnel" : une tension maîtrisée de bout en bout
Paru le 09/05/2017 (mis à jour à 13:58:16)
Note rédaction
Note internautes

Soyez honnêtes, si un(e) ami(e) vous propre un film coréen (sud-coréen, bien sûr, il est presque inutile de préciser), vous hésitez, n'est-ce pas ? Eh bien, vous avez tort. L'esprit empli d'idées aussi sombres que peut l'être le quotidien de leur voisin du nord, ce peuple, qui nous semble si loin de notre culture, a pourtant inventé un cinéma toujours original et souvent oppressant, à l'image de ce film.

Corée du Sud, de nos jours. Lee Jung-soo (Ha Jeung-Woo) est un homme tout ce qu'il y a de plus banal. Après avoir pris de l'essence et fait la connaissance d'un pompiste à la mémoire déviante en raison de son âge, qui lui offre deux petites bouteilles d'eau pour se faire pardonner son erreur, il s'apprête à rentrer chez lui afin de retrouver sa femme (Bae Doona) et sa petite fille, dont c'est l'anniversaire. Pour ce faire, il doit passer par un tunnel inauguré à peine un mois auparavant. Seul à l'intérieur de celui-ci, il entend soudain un bruit sourd, puis plus fort, jusqu'à ce qu'il assiste à la destruction pure et simple du tunnel devant ses yeux. Encore loin de la sortie, il va aussi vite qu'il le peut, mais rien n'y fait : il finit par se retrouver coincé sous des tonnes de gravats.

Heureux de ne pas être blessé et de voir que son téléphone fonctionne toujours, il s'empresse d'appeler les secours, qui ne comprennent pas de suite l'ampleur de la situation. Après avoir analysé les différentes possibilités de lui venir en aide, on lui annonce que le déblocage pourrait prendre plusieurs jours, surtout du fait qu'ils ne parviennent pas à le localiser au vu de la taille impressionnante du tunnel. Seul avec seulement un gâteau à la crème, qui était au départ destiné à sa file, et les deux bouteilles du pompiste, Jung-soo se demande comment il va pouvoir tenir plusieurs jours, mais garde contact avec le chef des pompiers et surtout l'espoir d'en sortir vivant. Il ne sait pas encore ce qui l'attend.

On ne peut décemment pas en dire davantage sous peine de tuer dans l'oeuf tout le suspense d'un film à la tension palpable dès le début malgré la solitude du personnage principal. A la différence d'autres réalisations du même genre telles que Buried, film espagnol avec l'acteur canadien Ryan Reynolds sorti en 2010, ou Seul au monde, l'un des plus grands succès de Tom Hanks, sorti en France en janvier 2001, où l'extérieur est finalement peu présent, ici, toute l'action ne se déroule pas dans la voiture de Jung-soo. Même si on vit toute cette "aventure" avec lui, on a aussi l'autre son de cloche, celui des secours et de tout le pays qui se mobilise soi-disant pour le sauver. "Soi-disant", car disons que tout dépend du point de vue. En tous les cas, il fait très vite les gros titres des journaux locaux et les choux gras des paparazzi, tous plus véreux les uns que les autres, qui se battent pour avoir le plus d'informations possible, mais surtout entre eux. C'est presque à celui qui aura la photo la plus cruelle.

La Corée du Sud reste un pays assez méconnu en matière de cinéma, et c'est bien dommage, car quand on voit la qualité de ce genre de productions, on se dit qu'on aimerait en voir plus souvent sans avoir à chercher trop longtemps parmi les superproductions américaines qui nous vendent du super-héros à longueur de journées alors que les vrais héros sont bien souvent plus proches de nous. C'est là l'autre prouesse de ce film : rendre l'histoire internationale et universelle malgré une langue et une culture difficilement accessibles au premier abord. Mais il ne faut vraiment pas confondre les deux pays : l'un crée des films d'horreur aux allures très familières, l'autre en fait vivre à son peuple. Toujours est-il que même si ce film nous emmène dans des contrées lointaines d'un point de vue culturel, on est très vite dans le bain tellement tout semble faire partie de notre monde : la technologie, la pression des médias, l'inquiétude de son épouse, l'insertion de l'Etat dans des affaires qui ne le regarde en rien, etc.

Remarquée tout de même ces dernières années pour des films qui ressemblent plus à de l'épouvante, à l'image de 2 sœurs (dont on notera le très réussi remake américain Les intrus, malheureusement passé relativement inaperçu) ou Old Boy, qui est peut-être le plus connu de tous, la Corée du Sud nous montre ici un visage différent, plus ancré dans la réalité, ce qui nous permet de constater qu'elle est finalement la même partout dans le monde : bien qu'humains, certains êtres ne font pas forcément preuve d'une humanité débordante, la technologie, bien que très utile, ne battra jamais l'esprit des hommes et, surtout, malgré le temps et le progrès, nous ne dominerons jamais la nature qui, là encore, se révèle plus destructrice que l'âme humaine la plus obscure, capable de nous faire otages d'un destin funeste.

Comme nous l'avons évoqué, la technologie fait partie intégrante de l'histoire et de la survie de Jung-soo. Sans son téléphone pour joindre les secours, il n'y aurait tout simplement pas de film, ou alors basé uniquement sur ces derniers et leurs éventuelles solutions. Mais comme tout le monde le sait, bien que très modernes, tous ces objets sont fragiles et perdent la vie très rapidement, même s'il suffit souvent de les brancher pour les ranimer. Oui, mais enfermé dans une voiture, aussi bien équipée soit-elle, difficile de faire confiance à l'électronique durant plusieurs jours, surtout si la voiture est elle-même en mauvaise posture. La technique a permis la construction de ce tunnel, dont le seul but est de faire gagner du temps aux automobilistes, mais paradoxalement, elle ne permet pas d'en sortir aussi facilement. C'est un peu comme si elle faisait, elle aussi, Jung-soo prisonnier de ses limites et de sa condition de pauvre petit humain dépassé par ses propres créations et celles de la société qui l'entoure.

Adapté d'un roman de So Jae Won, ce film nous démontre également la vision des autres qu'ont certains à travers le prisme omniprésent des médias et autres réseaux sociaux, qui n'ont finalement bien souvent de social que le nom. Ils sont nombreux à suivre cette histoire rocambolesque de survie, mais aussi beaucoup, et notamment les journalistes présents sur place, à n'y voir qu'un fait divers de plus, ou pire, à regarder ce spectacle comme un film. On assiste là à une espèce de mise en abyme de gens qui, dans le seul objectif de faire de l'audience ou du buzz, jouent les enquêteurs à deux sous en se jouant d'une vie humaine qui est pourtant bien en jeu. Ils n'hésitent pas à relater les faits comme s'il s'agissait d'une fiction au suspense haletant (ce qu'elle est vraiment, au demeurant) ou à prendre les pires photos afin de vendre et de faire lire à ces mêmes autres qui se fichent de la personne concernée une histoire construite avec autant de qualité et de soin que le tunnel en question, c'est dire. En résumé, malgré quelques longueurs et une certaine attente avant d'en voir le bout, on apprécie vraiment le travail des acteurs aussi bien que le scénario et les dialogues, qui se terminent sur un beau clin d'oeil à la société dans laquelle nous vivons finalement tous. Après des films comme ça, on peut tout de même conserver un léger espoir et se dire que la lumière n'est peut-être pas si loin.

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