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Critique
"Un sac de billes" : un jeu de grands
Paru le 20/01/2017 (mis à jour à 19:17:37)
Note rédaction
Note internautes

Tiré du roman autobiographique de Joseph Joffo paru en 1973, ce film est également un remake d'une première adaptation sortie en 1975. Une histoire familiale assez banale et avec malheureusement un air de déjà-vu, mais l'émotion est clairement en rendez-vous et les acteurs se révèlent aussi touchants que profonds.

Paris, France, 1942. En pleine Seconde Guerre mondiale, le petit Joseph (Dorian Le Clech), 11 ans, mène une existence en toute insouciance avec ses parents et ses trois frères aînés. Le seul écho qu'il perçoit du conflit international réside dans la présence de soldats allemands, qu'il croise de temps à autre dans la rue en rentrant de l'école, et à qui il fait même parfois des plaisanteries bon enfant. La distance qui le sépare de l'enfer du combat ne va pas tarder à se rapprocher à grands pas, pour la seule et unique raison qu'il est né juif. Il va alors devoir se séparer de sa famille en ne sachant jamais s'il va les revoir et encore moins s'il va lui-même s'en sortir.

Dans un élan désespéré d'amour et de protection, son père (Patrick Bruel), coiffeur réputé de leur quartier parisien, décide d'envoyer ses fils deux par deux en zone libre, au sud de la France. Joseph se retrouve donc seul avec son frère Maurice. Ils doivent ensemble traverser le pays en évitant à tout prix les embûches germaniques, en particulier les contrôles d'identité, afin de retrouver leurs deux autres frères à Nice. Une fois la famille entière réunie, la vie passe presque normalement durant quelque temps... avant que le destin ne les rattrape et ne les oblige à nouveau à fuir ou à se cacher en n'avouant surtout pas ce qu'ils sont réellement, et surtout en ne faisant jamais confiance à qui que ce soit.

La vision d'un enfant sur ce genre d'événements marquants de l'Histoire est toujours intéressante et forcément émouvante, d'autant plus quand il s'agit d'une autobiographie à la base. On sait que tout ce qui est relaté est vrai et que chaque sentiment est sincère. On ne peut qu'être touché par ces vies mises entre parenthèses ou bien pire pour une "simple" question de religion qu'ils n'ont parfois pas choisie, en particulier les plus jeunes. Et bien que ce sujet ait été mille fois évoqué au cinéma, il est bon de rappeler, ou d'apprendre aux plus petits, que ce genre d'injustices a existé afin que cela ne se reproduise plus. Espoir vain s'il en est...

Toujours est-il que l'on se retrouve tous dans ce petit garçon innocent passionné par les billes, qui ne comprend pas pourquoi on l'empêche du jour au lendemain d'aller à l'école ou encore pourquoi il doit y porter une étoile jaune pour signifier son appartenance religieuse. Il se fait alors embêter par ses camarades alors que le jour précédent, tout allait bien entre eux. On se doute bien que ce sont les parents qui ont prévenu leurs enfants que les juifs étaient "de mauvaises personnes". Il est très facile de faire des parallèles de tous temps de ce genre de situation. Aujourd'hui, par exemple, ce sont les enfants de parents homosexuels qui sont souvent brimés par les autres en raison d'idées réfractaires de leurs propres parents.

A côté de ça, il y a ceux qui ne savent pas ou qui sont trop petits pour réaliser l'importance d'une simple étoile et qui trouvent ça tellement bien qu'ils en veulent une aussi. On retrouve donc là toute la candeur et la naïveté de l'enfance et ça fait du bien quand on sait ce qu'il se passait réellement. Cela permet non pas de minimiser les choses, mais de poser un regard nouveau et différent sur ces événements tragiques tout en en mesurant l'impact, qui est forcément encore plus fort sur les enfants. On peut imaginer que le but premier du fait d'utliser le point de vue d'un enfant était uniquement au départ d'émouvoir l'audience, mais si on creuse davantage, on se rend compte que c'est bien plus profond, puisque cette histoire a été vécue par l'auteur du livre. Le fameux label "tiré de faits réels", qui permet souvent de simplement tirer des larmes, prend finalement ici tous son sens.

On ne peut nier qu'il s'agit d'un thème récurrent qui peut lasser ou, pire, devenir banal. On peut très bien comprendre qu'un certain public en ait assez de voir cette époque ressassée sur grand écran au détriment, selon certains, d'autres fait historiques tout aussi cruels et effrayants. Toutefois, il est important de transmettre cette partie de notre Histoire commune aux plus jeunes, et quoi de mieux pour ce faire qu'un enfant qui parle aux enfants ? Oui, c'est très triste, parfois à la limite du supportable, donc ce n'est évidemment pas pour les plus petits, mais si cela peut permettre de montrer à ceux qui ont l'âge de comprendre et de faire la part des choses que de telles atrocités ont existé et peuvent recommencer demain, alors l'objectif réel sera atteint.

Pour les adultes, c'est évidemment un énième couteau dans une plaie encore béante de réalisme, voire carrément un parallèle inquiétant avec l'époque d'aujourd'hui. Oui, car même si la guerre est finie depuis bien longtemps, on ne peut s'empêcher de tout comparer : les rues de Paris, les appartements, les vêtements, le langage, l'éducation, etc. Et puis, bien sûr, on songe bien malgré nous aux nouveaux bourreaux qui tuent eux aussi sans scrupules parce qu'on leur en a donné l'ordre. On ne peut retenir un pincement au cœur en voyant le Promenade des Anglais de Nice avec tant de familles heureuses en zone (encore) libre, ou encore Paris, qui guérit tant bien que mal de blessures tout aussi récentes.

La haine gratuite n'a donc définitivement ni âge ni fin, mais dans un registre plus positif, ce film, en dépit d'un récit bouleversant, nous dépeint le portrait d'une famille qui "va vers la vie avec courage", comme le dit Joseph Joffo lui-même. C'est un peu l'empreinte qu'il voulait laisser en écrivant son histoire. Et puis, le jeu des acteurs est tel que l'on plonge évidemment avec angoisse dans cette aventure inhumaine, mais aussi avec plaisir. Mention spéciale au petit Dorian Le Clech, à n'en pas douter bientôt dans la cour des grands, mais aussi à Patrick Bruel et Elsa Zylberstein, tous deux épatants, ainsi qu'à Christian Clavier, qui nous offre une composition tout aussi furtive qu'essentielle et percutante. On n'oubliera pas de mentionner également Kev Adams, qui change ici totalement de registre, et ça ne lui va pas si mal. Devant nos yeux ronds comme les billes de Joseph, on laisse rouler nos larmes de peine et de joie. Tout apparaît comme évident, et quand on sait que le père d'Elsa Zylberstein se faisait coiffer dans le salon des vrais Joffo, on se dit que le boucle est bouclée (un comble pour des coiffeurs). 

Pour en savoir plus sur Christian Clavier :

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