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Interview
Interview de Mademoiselle K
Paru le 20/01/2015 à 07:38

"Ma maison de disques m'a dit : fais ton album en français ou on te vire". Déterminer à proposer ses morceaux dans la lague de Shakespeare, Mademoiselle K ne s'est pas fait prier et nous livre son quatrième album Hungry Dirty Baby, qu'elle a produit elle-même. Un nouveau départ pour la chanteuse qui n'a rien perdu de son franc-parler et de son amour du rock.

Bonjour et bienvenue sur votre portail ! Tu t'es auto-produite sur cet album, peux-tu nous raconter pourquoi et comment ça s'est passé ?

Le grand truc c'est que c'est mon premier album en anglais après avoir fait trois albums en français. Du coup, j'étais dans une case très précise : "Mademoiselle K, la fille qui fait du rock en français". On te travaille aussi comme ça du point de vue marketing, et dès lors qu'on change, ça a complètement perturbé la maison de disques (EMI devenue Warner aussi entre temps). Je les avais préparés en leur disant que le prochain album serait en anglais. Mais ils voulaient que cet album soit moitié français, moitié anglais, ou ils pensaient que j'allais peut-être trouver un arrangement. Mais il n'y a pas d'arrangement possible, dans le sens où c'est comme un objet artistique entier que je travaille. Bien sûr ça s'est pas passé du jour au lendemain. Ca faisait presque trois ans que je faisais tout avec mes propres économies, les maquettes et tout, je suis allée à l'étranger, New York, Londres pour travailler l'anglais et l'accent, vraiment j'ai fait le truc à fond.  A un moment j'étais là "bon je commence à être un peu raide niveau tunes, donc il faut vous me leviez l'option". Je voulais l'enregistrer et je sentais un peu deux de tension, à reculons. Le directeur marketing m'a appelé et m'a dit "le boss ne veut même pas écouter ton album, il pense que c'est une erreur par rapport à ton public. Donc si tu ne le fais pas au moins aux trois-quarts en français, on n'en veut pas". 

Et donc là c'était très clair. Avec mon manager, on avait une vraie envie de travailler différemment. C'est à dire autrement qu'avec une espèce de train train, où y a pas de passion, un espèce de truc où les mecs après le premier album disent "au suivant".  

Donc on est allés voir un peu les maisons de disques et on a eu le même discours : il y avait des gens qui avaient très envie et ils disaient "Mademoiselle K, ça représente un truc, mais on est-ce que l'album d'après sera en français ?" Et là on ne comprenait pas : non, c'est cet album là, on ne veut pas signer dans l'espoir que le prochain sera en français ! On entend le même discours que le mec qui nous a virés juste avant, or cet album là, c'est pas un EP ou un sous-album, une phase intermédiaire, c'est un album en entier. C'est le prochain album de Mademoiselle K, il est en anglais, et pour l'instant on sait pas du tout si le prochain album sera en français et à la limite on n'en a rien à carrer ! On vient de passer quatre ans dessus. Je veux continuer à kiffer ce que je fais, que les gens avec qui je travaille kiffent, et on a pas fait tout ça pour rien. 

Donc voilà, une maison de disques ça rassure deux mois, mais si c'est pour sous-travailler l'album ou que le travail soit pas bien fait... Donc j'ai monté une structure qui s'appelle Kravache. C'était y a un an, on a eu une super aide de l'ADAMI, et j'ai signé un contrat de distribution avec Believe pour le digital et Pias pour le physique. Ca se passe très bien. Ce qui est cool c'est que ton équipe, tu la choisis, tu leur expliques aussi que c'est toi qui paies tout et tu découvres ! Mais à chaque fois c'est très clair dès le début et on veut vraiment bosser avec des gens qui ont envie.  Il y a pas d'hypocrisie possible. Là, on sait qu'ils travaillent alors qu'en maison de disques en gros ils travaillent ton album 3 mois, et après "au suivant" : c'est l'usine quoi. Alors qu'un album, toi quand tu le fais, tu travailles 3-4 ans dessus mais rien n'est jamais fini. Ca se travaille sur plusieurs mois, et il y a plein d'histoires où il se passe des trucs 6 mois ou 1 an après parce qu'ils continuent de pas lâcher l'affaire. C'est vraiment un travail de long terme et au quotidien, et je pense que c'est ça que je découvre en étant auto-produite. Même si je bénéficie de toute une maison de disques qui a travaillé sur mes albums précédents et que ça me sert encore aujourd'hui. Je le renie pas du tout et j'ai conscience que j'ai eu la chance d'être en maison de disques, que ça m'a servi et permis de m'auto-produire. 

Tu chantes donc en anglais. Il parait que l'on pense différemment en différentes langues. Est-ce que toi, ça a changé ta façon d'écrire ?

T'as très bien répondu, exactement ! C'est ça qui est génial, et qui était très excitant sur cet album : un nouveau champ sémantique. Il y a des expressions qu'on a pour dire des trucs que les anglais n'ont pas, et vice-versa. Et puis après, il y a des variantes pour dire la même chose, avec deux sensibilités, c'est très intéressant. Ca m'a ouvert à plein de nouvelles images, et ça m'influence aussi quand j'écris en français. Ca enrichit vachement mon écriture dans ma propre langue.  

On a très envie de séparer les choses et de dire "on fait une chose contre l'autre". Des gens m'ont dit "mais alors t'abandonnes la France, le français", carrément ! On se calme ! J'aime profondément l'anglais, vraiment, c'est un kiff, je trouve ça sexy. On a tous des fantasmes sur des langues, je fantasme aussi beaucoup sur l'espagnol. Et limite, quand j'ai décidé d'écrire en anglais, je regardais que des films en anglais, je lisais en anglais. Même des fois, je cherchais des mots en anglais, je me mettais carrément à utiliser une grammaire qui venait de l'anglais ! C'est pas pour rien qu'on dit que c'est des langues vivantes : quand t'es dans une langue, t'y es ! Y a des gens qui sont capables de faire plusieurs choses en même temps, mais moi je suis pas capable, quand je fais un album en anglais, ça va être que en anglais. Donc oui, l'anglais m'a ouvert énormément d'images, et comme je suis consciente que je maîtrise moins spontanément que le français, d'une certaine manière tu compenses, t'es pas dans le confort. Tu te lances un défi à toi même : comment est-ce que mon écriture peut être reconnaissable au milieu de tous ces anglais ? Il fallait que ce soit mon style à moi, que ce soit suffisamment fort et bien imagé. C'était un vrai challenge, et c'est ça qui me fait triper. Comme quand j'apprends un nouveau mot en anglais. A chaque fois j'étais là "putain ça veut dire ça, c'est génial" et vraiment, comme quand t'apprends quelque chose de nouveau. D'un coup, ça t'ouvre tout un nouvel imaginaire.

Tu as aussi changé de musiciens (à part ton guitariste). Pourquoi ?

D'abord, je me suis débarrassée de mon batteur, vraiment pour des raisons musicales : on se connaissait trop, on avait les mêmes réflexes au même moment. Ca a lancé tout le processus. Je me suis séparée de mon bassiste aussi, parce que je composais plein de morceaux à la basseet il y avait vraiment un truc qui était excitant. Comme une nouvelle langue, t'as un nouvel instrument ! 

C'était aussi bien d'être trois parce que ça changeait les repères, la manière de se construire en groupe. Donc on a fait plusieurs essais, et finalement on a gardé quelqu'un qui s'appelle Colin Russell, un super batteur qui a joué avec Gaetan Roussel, Radio Elvis, et qui joue aussi dans un trio parisien qui s'appelle Mother of Two. Il a fait beaucoup de sessions studio sur pas mal de groupes, et même récemment il a dû refuser des putain de groupes, j'étais assez flattée et contente ! En tout cas je suis vraiment ravie de cette rencontre, c'est comme une nouvelle histoire. Tu kiffes tout faire avec lui. Et en fait, ça a vachement renouvelé notre relation avec Peter, mon guitariste. Ca nous a vachement responsabilisés aussi parce qu'on est que trois, il faut que tout le monde assure. . 

Et c'est assez marrant, comme c'est pas fondamentalement ton instrument, t'es à nouveau juste dans la musique. C'est comme quand au début, tu fais trois notes d'une guitare, tu vas quand même composer un morceau, et tu vas être dans la sensibilité de ton morceau et pas dans la technique du truc. D'ailleurs les Beatles le racontaient très bien, Paul McCartney dit "je connaissais un accord, je connaissais tel mec qui m'avait montré, mais je connaissais pas le sol majeur donc j'étais allé voir un autre mec, et du coup j'avais deux accords et j'ai fait mes premiers morceaux avec mes deux accords". C'est un peu comme un recommencement cet album : une nouvelle langue... Mais par contre j'ai aucun complexe à dire que je maîtrise pas la langue aussi bien qu'un anglais natif... ça me dérange pas parce que quand tu crées quelque chose, ce qui est important, c'est le fond de ce que tu racontes. A l'époque de Mozart, il y avait des conventions, on écrivait les opéras en italien ou en allemand, et ça continue de se faire. Des pièces de théâtre se jouent en allemand, t'as le sous-titrage au dessus. Moi je ferai pas de sous-titrage en concert parce que ça se passe beaucoup plus vite, mais à un moment j'y avais pensé parce que j'avais encore quelque chose à raconter et que j'ai bien sûr envie de me faire comprendre. Il y a une démarche artistique. Ca m'a changé aussi ma manière de chanter, de faire des mélodies. Ca sonne pas pareil effectivement, parce que l'anglais se passe pas pareil fréquentiellement dans la bouche. Et puis aussi mes idoles sont anglaises : Bowie, Radiohead, Cure, les Clash... Ce qui me fait vibrer, c'est les anglais, ce second degré, ce côté très rock, et en même temps du groove. C'est pas que torturé, cet équilibre entre des vrais sujets sur l'identité, la relation aux autres, ses hontes, ses faiblesses, et des morceaux pour se donner du courage, pour dire "fuck, j'en n'ai rien à branler, moi je fais ça". 

D'où vient le titre de l'album ?

Ca s'appelle comme ça parce qu'il y a une chanson qui s'appelle "Hungry Dirty Baby", et pour moi c'est une des chansons les plus fortes de l'album. Volontairement, j'ai voulu être crade, provoc, et dire "voilà j'ai envie de te baiser", et c'est un peu l'image du désir quand t'as du désir ! Parfois, c'est violent le désir, et puis quand t'es amoureux, c'est violent, et des fois tu le dis en mots aussi. Ca veut pas dire que je le dis toutes les deux minutes, mais parfois j'aime bien mettre les mots sur les trucs, j'aime bien dire "putain", j'aime bien dire "ta mère", même si c'est très 5e degré, ça fait marrer en général, et donc aussi j'aime bien dire "j'ai envie de te baiser" ! (rires)

Ce sont aussi tes premiers clips auto-produits. Le dernier sorti c'est "R U Swimming", qui a eu l'idée de mettre des masques ?

C'est le réal'. J'avais très envie de bosser avec un mec qui s'appelle David Tomaszewski qui a fait des clips d'Orelsan, c'est pas la même esthétique mais j'aime beaucoup le rythme et la manière dont ça a été réalisé. Il nous a proposé une idée qui était beaucoup trop chère mais que j'avais adoré et que je lâche pas ! Et après, il nous a proposé une autre idée, car oui en effet c'est un mec qui a beaucoup d'idées. Il s'est pas mal inspiré de la peinture de Bacon, Lucian Freud, ce qui m'avait aussi beaucoup marqué. Le genre de tableau où tu te dis pas forcément "c'est beau" mais ça t'interpelle, ça te marque. C'est assez réussi dans ce clip et il y a aussi des trucs que je trouve beaux, on a moulé des masques avec un atelier d'effets spéciaux à Montreuil. Je pense que quand je fais des chansons, je mets des masques aussi, je peux être vachement dans la provoc comme je peux être très pudique, et globalement dans la vie de tous les jours, je suis en fait assez pudique. Je pense que le moment où je rentre sur scène ou que j'écris des chansons, j'ai besoin d'interpeller. Par exemple dans un film, comme "La vie d'Adèle", quand elle a de la sauce tomate sur la bouche pendant cinq minutes et qu'elle s'essuie jamais, et qu'il fait des gros plans là-dessus, et qu'il le montre, et qu'il aime le montrer, quand elle a de la morve qui coule... Eh ben voilà, moi ça me marque, encore un an après je me souviens de ces moments-là. Dans une chanson j'aime bien faire ça aussi. L'amplification des choses, du ressenti, et comment t'en fais quelque chose qui n'est pas ton quotidien, qui te fascine, qui te dégoûte mais qui te fait interpeller. 

Et comment a réagi ton public suite à tous ces changements ?

Très bien ! Ce qui est cool c'est que ça s'est passé très naturellement. On a fait une pré-tournée de 30 concerts, et c'était complet, à deux-trois dates près. C'est cool quand même, l'album est même pas sorti, les gens connaissent pas les titres, et ça s'est hyper bien passé. Et moi ça m'a aussi rassurée quelque part. Les gens je les ai sentis touchés sur les chansons, et ça m'a rappelé sur les premiers albums quand les gens connaissaient pas non plus. J'avais vu l'évolution sur un an quand je revenais aux mêmes endroits et les gens chantaient et bougeaient parce qu'ils connaissaient alors qu'au début ils bougeaient pas. Mais par contre tu le sens très vite un public qui est attentif et qui est là, et un public qui est pas là du tout ! Et vraiment là je les ai sentis hyper à l'écoute et je les ai sentis kiffer même, je les sentais bouger aussi ! Y a des titres qu'ils aiment plus que d'autre, et les titres qui ont le plus de succès sans hésitation, c'est "R U Swimming" et "Hungry Dirty Baby". Je pense que le "Fuck You" que tout le monde comprend y est pour beaucoup ! C'est marrant parce qu'ils comprennent très bien, mais je pense que c'est aussi une réaction nerveuse et c'est très exutoire et jouissif d'entendre ça ! Comme quand tu le lis dans un livre ! C'est des mots que t'utilises pas toutes les deux minutes mais quand tu les lis ça fait du bien de les voir. Comme des sentiments premiers quoi. 

Et donc les concerts ça s'est très bien passé, ce qui est cool c'est qu'il y a des gens qui sont venus me voir et qui m'ont dit qu'ils avaient adoré, qu'ils avaient été touchés que c'était rock... Les mots qui revenaient le plus c'était "ça a la patate", "on te reconnait, c'est du rock c'est ça qu'on kiffe chez toi", et l'autre truc, c'est qu'il y a vraiment des chansons qu'ils ont adoré, et ça fait plaisir parce que c'est à ça que je me casse le cul  quand je fais un album ! Je veux que les chansons soient cool, j'ai envie que les gens les kiffent autant que je les kiffe ! 

Tu as fait en effet une pré-tournée, mais tu repars pour la "vraie" tournée en janvier. Que prépares-tu de spécial ?

C'est la surprise, j'ai un truc en tête très simple, très sobre ! Justement, je me prends la tête dessus mais je me dis que justement si je me prends la tête, faut que je le fasse ! Mais voilà je peux pas le dire bien sûr ! J'ai envie de marquer le coup tout en gardant le truc assez spontané parce qu'en général c'est comme ça que je kiffe le plus et les gens le sentent. J'ai envie que ce soit particulier parce que tout est plus particulier sur cet album et plus fort, parce qu'il y a le combat pour produire et sortir ton album. C'est la première étape, tu vois, déjà c'est con mais sur la tournée, tu défends quelque chose qui est sorti donc les gens peuvent aller acheter l'album. Parce que toute la pré-tournée on faisait le merchandising nous-mêmes, et donc on avait les albums précédents mais juste le vinyle deux titres pour le nouveau, et les gens voulaient acheter l'album ! Donc là c'est con mais il sort enfin ! Faut pas lâcher et continuer le combat, et contrairement à la maison de disques, ça va pas être trois mois, c'est du terrain et du quotidien et tout le temps ! Et je vais évidemment refaire quelques titres les plus forts des albums précédents. "Final", ça c'est sûr.

Un mot de la fin ?

C'est important de rester fidèle à soi-même. D'aller au bout de son rêve, de ses combats, de jamais lâcher l'affaire. Et de kiffer, quoi ! Vive la liberté, voilà, c'est ce que j'ai envie de dire !

Découvrez les dates de tournée de Mademoiselle K :

22/01/2015 - Paris (75) - FNAC Saint Lazare (showcase gratuit)
23/01/2015 - Cergy (95) - L’Observatoire
24/01/2015 - Saint Germain en Laye (78) - La Clef
26/01/2015 - Paris (75) - La Cigale
05/02/2015 - Hérouville-Saint Clair (14) - Big Bang Café
06/02/2015 - Boulogne Sur Mer (62) - Espace de la Faiencerie
07/02/2015 - Beauvais (60) - L’Ouvre Boite
13/02/2015 - Rouen (76) - Le 106
14/02/2015 - Lille (59) - L’Aéronef
24/02/2015 - Toulouse (31) - Le Bikini
25/02/2105 - Montpellier (31) - Victoire 2
26/02/2015 - Lyon (69) - Le Transbordeur
27/02/2015 - Marseille (13) - Le Moulin
05/03/2015 - Rennes (35) - L’Etage
07/03/2015 - Ris Orangis (91) - Le Plan
12/03/2015 - Bordeaux (33) - Rock School Barbey
13/03/2015 - Limoges (87) - Ccm John Lennon
27/03/2015 - Villeneuve La Garenne (92) - Virtuoz Club
28/03/2015 - Poligny (39) - Le Moulin de Brainans

Références :

Page Facebook officielle !
Compte Twitter officiel !
Site officiel !

Pour en savoir plus sur Mademoiselle K :

Vous avez la parole

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