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Interview
Interview de YANIS
Paru le 12/02/2016 à 15:20

Auteur, compositeur et interprète, YANIS a construit un EP entre rêve et réalité, lancinant et aérien. En quelques titres, il éblouit avec sa pop sensuelle et synthétique dont "Hypnotized", le 1er extrait, a marqué les esprits avec son clip sous hypnose et ses beats lancinants (+ de 2 millions de vues toutes plateformes confondues). Chaque titre agit comme un hymne instantané et révèle l’univers inspiré de YANIS. Avec L'Heure Bleue, YANIS délivre une messe électro qui impressionne sur scène et l’impose comme un des artistes à suivre en 2016. Interview de l'intéressé !

Bonjour YANIS. J'imagine qu'aujourd'hui est un jour particulier pour toi et que l'excitation doit être grande de voir ton EP L'Heure Bleue enfin rendu disponible en physique et sur les plateformes digitales ?

Je suis hyper content de le sortir enfin, surtout après avoir passé autant d'années à travailler dessus. La création est une étape très particuliere durant laquelle on peut se sentir un peu enfermé entre quatre murs, dans des périodes alternant entre bonheur et grands moments de vide. Arriver au moment de le partager est hyper agréable. Je suis très content du résultat, l'esprit d'équipe est familial, on était entre amis tout au long de la création de ce projet autoproduit, c'est d'autant plus excitant.

J'ai envie de te décrire comme un phénix, car les curieux pourront aisément reconnaitre ton visage... Le grand public t'a en effet connu sous le pseudonyme Sliimy il y a quelques années pour un projet différent. Est-ce que cette première expérience du bain de foule te rassure ou finalement l'appréhension est la même vu que tu repars en quelque sorte à zéro ?

L'appréhension est la même car chaque projet pour un artiste est un nouveau départ. Dans mon idée, j'aime bien recréer quelque chose, partir sur des sonorités différentes. Forcément ici tu parles de Sliimy, qui est un personnage que j'ai créé lorsque j'étais beaucoup plus jeune, c'était vraiment très différent. Ce personnage m'a beaucoup protégé, je n'aurai certainement pas osé certaines choses sans cette carapace. Ici j'envisage vraiment ce projet comme un nouveau départ, mais les choses se font naturellement. Il y a forcément un début à chaque histoire. Les choses se reconstruisent et j'ai hâte de démarrer ce nouveau chapitre. Ce qui est sûr c'est que j'ai toujours beaucoup fonctionné avec mon identité et mes moments de vie qui sont différents, la période Sliimy et la période actuelle sont vraiment séparées par des choses marquantes, ma vie a complètement changé... je suis passé d'une vie d'adolescent où j'avais finalement très peu de libertés à un moment où j'ai complètement pris mon envol et mon indépendance. Le fait de venir habiter à Paris a complètement changé ma vie. C'était très difficile de relier Sliimy à cette nouvelle vie, c'est la raison principale de ce changement. Et lorsque je me suis mis à écrire de nouvelles chansons, je me suis vite rendu compte que ce n'était pas Sliimy qui s'exprimait mais cette nouvelle identité, moi, Yanis, qui avais moins peur de me mettre en scène avec mon vrai prénom, et j'ai donc trouvé l'exercice plus intéressant.

Au coeur d'un milieu musical régi par les codes du marketing, est-ce que le fait de reprendre ta véritable identité fera place à plus de spontanéité et moins de calculs ?

Le clip du premier single "Hypnotized" est un excellent écho à cette notion de lâcher prise, au fait de perdre le contrôle, au fait de vouloir se donner à quelqu'un qui a une emprise, faire confiance à l'autre. Après comme tu le souligne, il y a forcément du marketing dans un projet. Moi qui suis un grand fan d'Andy Warhol, je pense qu'un artiste doit avoir conscience de ces enjeux à la base. Même l'artiste le plus naturel au monde a la notion de devoir vendre quelque chose. On devient en quelque sorte une image qu'il faut vendre et je l'accepte. Le principal pour moi est d'avoir le plus de libertés possible dans ce processus et de pouvoir faire des choses qui me ressemble à 100%. C'est ce que je suis en train de faire avec L'Heure Bleue, avec les visuels qui accompagnent le projet, avec les clips. Tout se fait avec des idées qui sont venues avec du temps.

Justement on sent à travers les visuels un projet plus mature, moins candide, et on devine aussi ton souhait de mêler l'art, un peu à la Magritte, qui semble être une de tes sources d'inspiration ?

Dans la vie je peux être quelqu'un d'assez mélancolique mais je pense qu'il est important de rester positif malgré tout. La création et le fait d'écrire des chansons m'ont toujours beaucoup aidé et me permettent d'exprimer ça, je pense que l'art a ce pouvoir d'ouvrir les choses. La référence à Magritte est importante car je l'aime beaucoup, son travail m'a beaucoup inspiré. Dans l'EP je remercie à un moment tous les artistes qui m'ont inspiré, qui forment une sorte de famille imaginaire que je me suis inventé depuis que je suis petit. Magritte et le surréalisme ont une importance en général dans mes phases d'inspiration. Dans ce projet on est vraiment entre deux, entre le surréalisme et l'hyperréalisme, comme on peut le voir dans les clips "Hypnotized" et "Crave", qui partent du réalisme et dans lesquels je me suis amusé à apporter quelque chose d'étrange. Le fait de me mettre un peu à l'écart dans ces deux clips est un choix, pour "Hypnotizd" je suis mêlé à d'autres personnes et pour "Crave" mon souhait était de passer derrière derrière la caméra, donc de réaliser le clip. Mon regard est toujours subtil mais je pense qu'il y aura par la suite une évolution dans la place que je veux me donner dans mes clips et ma musique, j'ai hâte de travailler sur ces nouvelles idées.

Au niveau de la gestuelle je te place entre une Christine and The Queens, pour la référence la plus évidente, à une FKA twigs, pour une référence plus poussée. Comment s'opère le travail que ton corps apporte à ta musique ?

Beaucoup de personnes pensent et me disent que ma voix a changé, évolué au fil des années. En fait c'est très en lien avec ce que j'ai vécu, l'évolution est encore une fois naturelle. C'est marrant de constater que tout ce que tu créer est lié intrinsèquement à ce que tu vis. Chaque événement peut avoir un fort impact sur ta manière de créer, de bouger, de voir les choses. L'importance du corps je la place par rapport à la scène. La danse je trouve que c'est vraiment une extension de la musique, sans en avoir fait vraiment moi-même. L'apprentissage a commencé lorsque j'étais plus jeune, dans ma chambre, dans mes phases de création rythmique, et donc je voyais la danse comme un lien direct avec ma musique. C'est quelque chose de très important que j'ai envie d'étendre plus, j'ai d'ailleurs pris mon premier cours de danse il y a peu avec la danseuse qu'on voit dans le clip de "Crave".

Ton appréhension de la danse se rapproche des mouvements enseignés par Marion Motin, à qui l'on doit notamment les pas de danse de Christine and The Queens ou Stromae, la comparaison qui sera faite avec toi te gêne ?

Je m'en rends pas forcément compte et surtout ça ne me dérange pas du tout. Christine est une amie donc je trouve ça plutôt marrant. En tous cas c'est une amie, et une artiste, que j'aime beaucoup. J'ai une grande admiration pour la manière dont elle a construit les choses parce que pour le coup je sais que tout vient vraiment d'elle et elle met de l'importance dans tout ce qu'elle va faire : ses textes, sa danse, ses visuels. Elle a un vrai lien avec l'art contemporain, le théâtre, c'est une artiste complète ! C'est donc une très belle comparaison ! (rires)

On a parlé de surréalisme, d'hyperréalisme, et je trouve que tu as aussi un goût très prononcé pour le minimalisme...

Aussi, c'est vrai ! En tous cas dans ce projet ça a été très important, le minimalisme a laissé beaucoup de place à ma créativité. L'influence de Berlin est aussi très présente, où l'on retrouve tous ces espaces très étendus que l'on ne retrouve pas forcément à Paris. Je suis parti vivre à Berlin durant quelques mois, où j'ai notamment écrit "The Run" et d'autres chansons qui ne sont pas sur l'EP, des titres qui parlent de Berlin aussi. A un moment j'ai eu besoin de ça pour faire le vide et lâcher prise. Il y avait un lien avec l'espace et le fait de se retrouver dans un endroit où tout était plus "anonyme", je ne connaissais personne, je ne connaissais pas les lieux, et du coup cette idée se retrouve dans la pochette de mon EP avec la cohabitation de la matière brute du béton et de ce ciel complètement vide. Dans les tenues aussi j'avais cette envie d'avoir une sorte d'uniforme, d'où l'idée du monochrome pour le costume que je portais au Grand Journal ou même sur la pochette de l'EP encore une fois, avec ces tons gris. L'uniforme je le vois comme quelque chose qui ouvre la place à plus de liberté, qui contraste avec mon passé plus chargé.

Ton passé artistique avait quelque chose de plus commercial, de plus "grand public", ici tu prends le risque de toucher une communauté plus hype, plus bobo, plus élitiste, tu n'as pas peur de perdre une partie de ton public ?

C'est marrant parce que je ne me rendais pas forcément compte de ça sur le premier projet. Et surtout la base du projet était très peu commerciale et très artisanale. J'ai commencé sur des blogs, j'avais même mon Skyblog à l'époque, un profil MySpace, je m'amusais à faire des GIF (ndlr : images animées), etc. Beaucoup de gens ont du mal à envisager mon travail de la sorte, mais tout a vraiment débuté comme ça, dans ma chambre, avec très peu de moyens. Ce qui est intéressant avec L'Heure Bleue c'est que finalement tout recommence un peu de la même façon. Entre 2008 et aujourd'hui tout a changé, le milieu de la musique notamment a profondément changé de visage. Je pense néanmoins qu'on postant ma musique sur Konbini par exemple, je touche déjà leurs quelques millions de followers, je n'ai pas la sensation de perdre un public ou d'en gagner un autre. Il n'y a pas cette barrière élitiste dont tu parles sur Internet, les gens peuvent vraiment partager des choses et libre à tous les curieux d'aller découvrir ce qu'on leur propose. C'est ce qui s'est passé par exemple pour "Hypnotized" que j'ai dévoilé en premier sur le site Nowness, qui est assez pointu à la base, mais qui du coup a été appréhendé par des gens qui n'en avaient jamais entendu parler jusqu'alors, et ce en voyant un simple post que j'avais pu faire sur Facebook. Je trouve qu'aujourd'hui avec Internet il n'y a plus de frontières dans la musique entre ce qui est indé et ce qui est populaire. Et d'ailleurs les artistes populaires veulent faire des musiques avec des artistes indés. Les projets de Christine and The Queens, Major Lazer ou Lorde, ne sont pas des projets voués à la base à un tel succès, mais ont surpris tout le monde et ont cartonné. Moi je fais de la musique telle que je la vois, après je suis ouvert sur les médias que ça intéresse, mais plus ma musique touchera de personnes, mieux ça sera bien sûr. Je crois que les choses se font par étape et qu'il faut se laisser du temps.

Le bleu est une couleur que tu affectionnes j'imagine, sinon on est mal barré...

Oui il vaut mieux ! (rires) Depuis très longtemps, et même avant la phase de création de ce nouveau projet, j'avais une fascination pour le bleu qui m'a toujours rassuré. Je trouve que c'est une couleur hyper apaisante et qui laisse vachement de place pour faire le vide. Elle est liée au ciel, à la mer, à des espaces assez immenses. Il y a un grand lien avec la nature. L'Heure Bleue résume assez bien cette idée de vide, de lâcher prise, à être dans la contemplation à un moment de la métamorphose. C'est le moment où tout change, où tout est dans l'entre deux, et même aujourd'hui L'Heure Bleue résume ce fait de ne pas savoir de quoi demain sera fait, d'où j'en serai dans 1 an, dans 5 ans, chaque jour est et sera différent, un peu comme L'Heure Bleue en fait. C'est un symbole assez émouvant et qui avait tout son sens avec cette évolution.

Tes chansons sont exclusivement en anglais, tu boudes le français ?

Non pas du tout, j'ai déjà écrit des titres en français, dont un à Berlin. J'ai plein de titres dans une boîte que je n'ai jamais utilisés et que je retravaillerai peut-être plus tard. Le français est une langue que j'ai envie d'appréhender à un autre moment de ma vie, je pense que ce n'est pas encore le moment. L'anglais est la langue que j'ai utilisé pour la musique lorsque j'avais 9 ans, j'ai vraiment apprécié immédiatement sa résonnance et elle me sortait un peu de mon quotidien aussi. C'est la raison pour laquelle l'anglais est une langue avec laquelle j'ai un lien assez fort. Etrangement ce n'est pas ma langue maternelle, mais c'est tout comme car j'ai eu un vrai contact avec.

Le fait de perdre de grands noms de la scène artistique comme Bowie ça t'inspire quoi ?

Le fait que je suis éphémère aussi, ça nous ramène à une réalité implacable. Pour David Bowie c'était assez étrange car c'est quelqu'un qui m'a beaucoup inspiré depuis que je suis tout petit, donc ça m'a fait quelque chose d'assez fort. On même temps je trouvais que c'était si beau dans la manière dont il venait de sortir son nouvel album, qui parle aussi de ça. Sa vie artistique depuis le début a été une espèce de perfection incroyable, il a toujours mis du sens dans son art et dans ses mots. David Bowie est l'exemple même de l'artiste dont la vie a été au service de l'art et inversement. Toute sa vie a été une création et jusqu'à la fin il a été parfait. Mon hommage sur Instagram est un clin d'oeil... Je suis tombé sur une photo de lui se regardant dans un miroir, comme je le fais sur la pochette de mon single "Hypnotized", la similitude m'a fait sourire, et je trouve ça marrant comme on peut avoir des liens avec quelqu'un sans forcément s'en inspirer pour le coup.

Tu démarres actuellement une tournée dans toute la France, qui passera notamment par le Badaboum à Paris le 17 février, qu'est-ce que tu réserves aux plus curieux ?

Déjà je présente de nouvelles chansons qui ne sont pas sur l'EP, et je trouve ça intéressant de faire découvrir aux gens dans ce sens-là des titres qu'ils ne connaissent pas. C'est aussi un challenge. Aujourd'hui on sort habituellement un album puis on part en tournée. Là je propose un mélange de titres qu'ils vont connaitre et d'autres qu'ils vont découvrir en live. Mettre L'Heure Bleue en lumière est très important, nous travaillons méticuleusement les jeux de lumière à partir des visuels minimalistes du projet. Nous allons partir à 3 en résidence dans quelques jours pour peaufiner justement mes prochaines scènes et j'ai vraiment hâte car la scène est une étape cruciale.

Les réactions sont plutôt positives après ce premier tour de chauffe, rassuré du coup sur la formule proposée, la direction artistique que tu as pris et le fait que le public répondent à nouveau présent ?

Je suis toujours hyper content d'aller à la rencontre du public. Quand on passe du processus de création où justement on est assez solitaire et en pleine introspection, aller à la rencontre du public est un chamboulement assez important et une vraie libération à la fois. Je pense que c'est l'étape la plus excitante et la plus extrême de ce moment où tu partages la musique, le moment où les gens vont prendre ta musique et se l'approprier et c'est génial. J'ai vraiment hâte de retrouver les routes pour les prochaines dates.

Un dernier mot pour nos lecteurs qui se mettent à L'Heure Bleue...

L'Heure Bleue c'est d'être dans le présent, d'être assez contemplatif et de profiter !

Références :

Tumblr officiel !
Page Facebook officielle !
Profil Twitter officiel !

Pour en savoir plus sur YANIS :

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