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Interview
Interview de Bernard Werber
Paru le 14/10/2016 à 16:21

Bernard Werber est l’auteur français contemporain le plus lu au monde. Après près de 30 millions de livres vendus aux quatre coins du globe, 27 traductions dans différentes langues et une moyenne d’un nouveau livre par an, il est l’un écrivain prolifique. Le 3 octobre dernier il publiait son 22e livre Demain les chats. Aujourd’hui, Bernard Werber répond aux questions de Pôle Culture.

Bonjour Bernard Werber. S’il fallait résumer Demain les chats en une seule phrase ?

Un chat tente de communiquer avec les hommes mais s’aperçoit qu’ils sont encore plus compliqués qu’il ne le pensait ! 

Votre nouveau roman vient de sortir. Comment avez-vous procédé pour vous mettre dans la tête d’un chat ? Comme pour Les Fourmis, beaucoup d’observation ?

Je considère que le métier d’écrivain a une dimension chamane, c’est-à-dire qu’on doit se projeter dans la peau des animaux pour trouver un intermède entre l’homme et la nature. Depuis que je suis petit, je regarde une grenouille je me sens grenouille, je regarde une fourmi je me sens fourmi, a fortiori je regardais mon chat je me sentais chat.  Je ne peux pas dire d’où ça vient, c’est de naissance. Quand je regarde mon chat, je le regarde avec humilité. Je sors du système, j’essaie de trouver un terrain neutre. C’est un être vivant, je suis un être vivant, on s’observe et on essaie de se comprendre sans se juger. Dans le monde des chats, il y a forcément une autre morale, une autre spiritualité et peut-être une autre intelligence. Le grand problème c’est que l’homme juge les autres animaux en fonction d’un comportement similaire ou non à l’homme. Plus un animal a un comportement proche de l’homme, plus l’homme va le considérer comme un animal intelligent. Les chats n’ont pas un comportement humain et sont peut-être, dans certains domaines, plus intelligents que nous.

Avouez-le, c’est votre chat Domino qui vous a dicté le livre !

Je ne suis que le serviteur de mon chat ! Tout ce que je fais n’est là que pour le satisfaire (rires). Je crois que toute personne qui a un chat arrive à la conclusion suivante : « cet être-là attend de moi que je le serve et je ne suis que son esclave ». Du coup, ça n’a pas été difficile pour moi d’inventer le personnage de Bastet : en observant mon chat Domino, j’avais cette vision d’un être arrogant et prétentieux qui considère l’humain comme un serviteur.

Quand on voit l’ensemble de vos livres, on s’aperçoit qu’ils sont tous liés. Est-ce qu’il n’y a pas une volonté de susciter une réflexion, de faire passer un message sur l’Homme et le monde ?

Au moment où j’écris le livre, mon seul souci est de faire plaisir au lecteur et faire qu’il ait envie de tourner les pages. C’est presque une obsession. Maintenant, l’une des choses qui m’intéressent aussi c’est de faire prendre conscience de certaines choses. Il m’a semblé que le meilleur moyen était de projeter le lecteur dans la peau d’un autre être. Dans Demain les chats c’est encore plus flagrant puisque je propose de se mettre dans la peau d’une chatte, Bastet, qui vit à Montmartre. Cette expérience peut être à la fois amusante et exotique. Dans tout mon travail, que ce soit avec les fourmis, les anges, les dieux ou les chats, il y a toujours cette idée : le meilleur moyen de comprendre un système c’est de s’en extraire. Ainsi, pour comprendre qui on est, pour comprendre la place de l’humanité, il faut en sortir. Je propose une perspective avec un regard extérieur qui nous permet de nous voir différemment. Ne vous arrêtez pas à ce qu’on vous sert dans les médias, à la télévision, ne vous arrêtez pas au monde étriqué que vous propose vos parents et le système scolaire. On peut aller bien plus loin et sortir de notre esprit pour voir les choses plus larges dans le temps et dans l’espace. Ça m’a l’air d’être l’une des fonctions du roman : élargir l’esprit. 

Bernard Werber est-il un optimiste ?

Sur le court terme quand je vois les actualités, je suis forcément pessimiste. Je vois bien comment le système va droit dans le mur. Pour moi, il y a des problèmes de base comme la non maitrîse de la croissance démographique et économique planétaire, comme la destruction systématique des forêts et des autres espèces. Cela va, à court terme, condamner l’espèce humaine. Mais je reste optimiste sur le moyen et le long terme. Il y a toujours des individus isolés qui arrivent à trouver des idées pour sauver ce qui peut être sauvable, à savoir tout ce qui est beau dans l’humanité et dans notre planète.

Les Fourmis ont 25 ans. Qu’est-ce que cela vous fait de savoir que vos livres ont bercé une, voire plusieurs générations ?

25 ans déjà ! Je n’en reviens pas d’avoir la chance de faire ce métier, qui est aussi une passion, et qu’autant de lecteurs me suivent. Tous les matins en me levant je me dis « chouette, je peux continuer à faire cette activité ! » Je souhaite à tout le monde de vivre de sa passion et un métier dans lequel il y a un plaisir au réveil de foncer à son bureau.

Je n’ai jamais voulu être « un bestseller », moi je voulais juste être publié. Après, je crois que c’est mon éditeur qui s’est dit qu’il y avait matière à toucher un large public. C’est maintenant, avec le recul de ces 25 ans, que je m’aperçois qu’il y a des jeunes qui ont commencé à lire avec mes livres, qui se sont ouverts à l’histoire, à la philosophie grâce à mes livres. Au moment où je les ai écrits, ce n’était pas mon intention. Ma seule préoccupation était que les gens aient envie de tourner les pages. Maintenant en faisant les dédicaces, les lecteurs sont venus me disant « vous m’avez réconcilié avec les bouquins » ou « vous m’avez donné le goût de la lecture ». Je crois que c’est le vrai sens du métier d’écrivain : donner du plaisir et donner envie aux gens de prendre un livre comme un moyen de faire travailler son esprit et d’élargir ses horizons.

Lorsque vous avez fini Les Fourmis, vous déclariez avoir la sensation d’avoir accompli une mission, puis vous vous êtes ravisé. Aujourd’hui, où en êtes-vous ?

J’ai mis 12 ans à écrire Les Fourmis en y travaillant tous les matins pendant 4 heures. Pour moi, ça devenait obsessionnel et autant d’années à travailler sur le même texte, ça commence à devenir un peu bizarre ! Quand le livre est sorti, il m’a semblé que j’avais dit tout ce que j’avais à dire et que c’était le fruit d’une pensée lente qui avait murie. J’ai pensé que le livre se suffisait en lui-même. Quand j’ai eu les feedbacks des lecteurs et quelques rares articles qui en parlaient, je me suis aperçu que personne n’avait compris ce que je voulais faire. Les gens n’avaient vu qu’un livre dont les héros sont des fourmis alors que c’est vraiment la partie émergée de l’iceberg. Pour moi Les Fourmis sont une réflexion bien plus profonde sur l’évolution de l’espèce humaine, ses origines et son avenir. Quand j’ai constaté que personne n’avait compris ça, j’ai compris que j’avais échoué et qu’il fallait faire Le jour des fourmis et même d’autres livres. Maintenant je dirais que c’était une grande prétention d’avoir cru qu’un seul livre pouvait faire passer beaucoup de choses. Il faut en faire plusieurs pour arriver à faire passer des idées.

Lequel de vos livres préférez-vous ?

Il y a un livre avec lequel j’ai un rapport un peu ambigu c’est Les Thanatonautes. Les Fourmis ont eu un petit succès, Le jour des fourmis qui a eu un plus grand succès et Les Thanatonautes a été un total échec. L’effondrement des ventes était tel, que je pensais que ma carrière allait s’arrêter là. J’ai essayé de me récupérer et de sauver Les Thanatonautes en faisant L’empire des Anges. Avec le recul, la plupart des lecteurs me disent que Les Thanatonautes est leur préféré. J’ai l’impression que c’est une sorte de livre qui m’a coulé et maintenant, qui est en train de me sauver… C’était le plus boiteux et aujourd’hui celui qui marche le mieux. Donc c’est un rapport ambigu et passionnel qui s’est créé progressivement.

Un conseil pour les écrivains en herbe ?

Si je ne dois en donner qu’un à ceux qui veulent écrire, c’est de trouver une routine et une régularité. Ce n’est pas un métier de sprinter mais de marathonien. Si on attend de faire l’exploit, on va faire un roman qui va avoir du succès et après on va s’essouffler. Il vaut mieux trouver un rythme de propulsion et de création qui puisse tenir longtemps et à ce moment-là, on ne dépend plus du succès, des médias. On peut se fixer un objectif sur le long terme qui est au-delà des réactions du système. J’écris tous les jours de 8 heures à midi et demi depuis l’âge de 16 ans. C’est grâce à ça que j’ai pu émerger. Je respecte le temps et j’écris pour que mon travail puisse encore avoir du sens dans 10 ans, dans 50 ans dans 100 ans.

Le mot de la fin ?

Nous sommes tous nés pour une raison et nous avons tous une mission. À chacun de la trouver et dès qu’on l’a trouvé, tout devient clair. L’enjeu c’est être heureux et se sentir épanoui. Et ça, c’est au-delà du jeu social, économique et politique.

Bernard Werber, écrivain philosophe, scientifique et historien, n’a définitivement pas fini de nous surprendre. Après 25 ans de carrière et presque autant de livres, l’auteur français semble avoir encore beaucoup de choses à dire. Demain les chats son nouveau roman est maintenant disponible aux Éditions Albin Michel.

Pour en savoir plus sur Bernard Werber :

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