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Interview
Interview de Elfy Ka
Paru le 11/03/2013 à 00:58

On découvre Elfy Ka en 2002 avec un premier album, Lisa sans son étoile. Un album concept très personnel chapeauté par Jay Alanski. L’histoire de la petite Lisa séduit d’emblée et obtient un joli succès d’estime malgré une maison de disque en remaniement qui saborde la promotion du disque. Mais Elfy peut dès lors compter sur un public de fidèles.

En 2006 elle fait un passage de quelques semaines dans la 6e promotion de la Star Academy puis se lance dans l’autoproduction. Après quelques EP, Elfy sort son deuxième album, L dit, en 2012. Un opus acoustique aux sonorités rétro dans lequel la chanteuse inspirée se livre à nouveau sans concession au travers d’une pop-folk poétique et de mélodies envoutantes.

Un univers à découvrir en live lors de la résidence de concerts que la chanteuse donnera au théâtre Les Déchargeurs du 14 mars au 20 juin tous les jeudis à 20h.

Parle-nous de la réalisation de cet album L dit. Comment pourrais-tu nous le décrire ?

Ça a été un peu long parce que j'ai pris mon temps. A partir des premières ébauches, des premières fois où j'osais me mettre au piano, accompagner mes mots par des accords, il me semble avoir mis 8/9 mois à créer tous ces titres. J'avais déjà tout en tête et une grande histoire à raconter. J'arrivais d'un premier album (ndlr : Lisa sans son étoile) qui avait marqué certains esprits. Je n'ai pas réussi à me détacher du côté très personnel, très intime de ce que je vivais à ce moment là. Pour l'écriture je suis repartie de choses vécues qui m'inspiraient et puis après il a fallu que je trouve quelqu'un pour mettre en lumière toutes ces ébauches de piano-voix. On ne trouve pas facilement quelqu'un de talentueux qui va comprendre tout de suite vers où on veut aller. J'avais envie de quelque chose de très acoustique, de me détacher du côté électro de Lisa. J'entendais des sons. J'ai été très inspirée de Lennon, de McCartney. J'écoutais Dylan… J'ai eu une période complètement coupée du monde, un moment très introspectif où j'écoutais de la musique pas du tout de mon temps, et avec en parallèle une histoire personnelle qui venait juste de se terminer.

Puis j’ai fait la rencontre de Vincent Prezioso, qui est le réalisateur et directeur artistique de l'album, et on est reparti sur une période de 8/9 mois pour essayer de trouver les bons arrangements. Il a été tout de suite emballé par mes maquettes et ça a été un vrai bonheur de travailler avec lui. Je ne le connaissais pas du tout. Nous avons été présentés via mon conseiller et ça a fonctionné tout de suite. Souvent on lutte, on essaye d'imposer ses idées, il peut y avoir conflit d'intérêt, d'ego... Mais là on était tout de suite sur la même longueur d'onde. Ensuite, comme je ne voulais pas perdre de temps, j’ai décidé de ne pas aller voir les maisons de disque et de me lancer dans l'autoproduction. Parce que je sentais que si j'attendais qu'on me donne le droit et l’argent pour aller plus loin dans cet album, je pouvais attendre longtemps et peut-être que j'y serai encore d’ailleurs !

Avec la complicité de mon équipe on a monté un label, Lib Productions, et puis on enregistré l’album à Bruxelles, avec un grand ingénieur du son du moment. Deux ans après j’avais l’album entre les mains, dépensé beaucoup d’argent et tout était encore à faire. Quand tu deviens autoproducteur, tu fais tout et tu t’occupes de tout. Mais tu contrôles les choses, tu décides. C’est lourd, c’est long, tu as l’impression d’être tout petit mais il y a une certaine fierté et moi j’ai besoin de cette liberté.

Tu as une vision assez cinématographique de la conception d’un album. Pour toi, le format de la chanson pop doit s’inscrire dans quelque chose de plus complet, la chanson ne se suffit pas à elle-même ?

Pas forcément, par exemple le premier single, "L dit", si on ne sait pas qu’il y a un concept derrière, je pense qu’il fonctionne à lui tout seul. Mais il est vrai que j’aime voir les choses en grand. Pour moi le cinéma, la musique… c’est inséparable. A chaque fois je pars d’un concept. J’ai toujours écrit mes albums comme des « concept albums ». Sur Lisa sans son étoile, cette espèce de conte musical un peu à la Melody Nelson, j’avais créé cet alter ego Lisa parce que je n’osais pas écrire à la première personne donc c’était bien pratique de me cacher derrière elle. Pour L dit j’avais des choses à dire qui touchent tout le monde : la séparation, l’amour naissant, la rencontre, le désamour, le côté négatif d’une histoire… Et parallèlement à l’écriture des titres est arrivé à moi un bouquin de Joyce Maynard sur une histoire d’amour passionnel qu’elle avait vécu avec J.D. Sallinger, un auteur américain. Pour moi, c’était une évidence et je me suis dit que ce serait le fil rouge de mon deuxième album, que finalement je n’étais pas la seule à avoir vécu et à vivre des histoires compliquées, c’est un thème universel. J’avais envie de me servir de ce livre et c’est d’ailleurs pour ça qu’on m’entend entre les titres en réciter des passages.

C’est cohérent avec le choix du réalisateur, Vincent Prezioso, qui a beaucoup travaillé pour le théâtre et le cinéma...

Oui et en fait c’est totalement le fruit du hasard. Il est arrivé à point nommé et on a tous les deux pensé que c’était une évidence, que ce serait un album conçu un peu comme un film.

Le titre de cet album L dit, c’est Lisa, c’est toi finalement ?

Ce n’est absolument pas prémédité. J’avais envie d’écrire un peu comme on écrit un texto. Je me suis dit que ca serait percutant, joli, qu’on pourrait jouer avec la typo. Encore une fois, et par pure coïncidence, on peut penser que L dit c’est Lisa. Mais ça me va très bien. Lisa a grandi, j’ai grandi, c’est une suite logique de ce premier album et en même temps le L ça peut-être n’importe quoi, n’importe qui… Ça peut-être Laurent… J’aime jouer avec les mots. Mais finalement c’était aussi une manière de casser l’aspect années 70 de l’album et d’être plus ancré dans notre époque de rapidité, de sms.

Quelles sont tes influences musicales ?

Il y a des choses que j’écoute depuis toujours mais qui ne sont bizarrement pas des références qui m’aident à la composition. Par exemple je suis la carrière de Vanessa Paradis, de Mylène Farmer… Zazie n’est jamais loin. Elle a une musicalité d’écriture qui est assez étonnante. J’aime la folie de Camille, Emilie Loizeau, Emilie Simon et son côté barré électro. Mais ce ne sont pas des gens qui m’influencent dans la composition ou dans mon travail d’écriture.

En revanche je vais être plus influencée par des gens que j’écoute juste depuis peu, par exemple Rover en ce moment. Il est incroyable, il y a une résonnance, sur certains titres c’est une évidence. Pour l’album j’ai beaucoup écouté Antony and the Johnsons, Rufus Wainwright, Paul McCartney. Je me mets dans une ambiance, un peu comme Tarantino quand il dit avoir écrit Django en ayant déjà monté toute sa musique. Il a monté la musique qu’il adorait et il a vu son film. Moi aussi j’ai mes musiques et je projette des images dessus, c’est très lié au cinéma. J’ai été très touchée par exemple par l’album d’Elodie Frégé, La fille de l’après-midi. Son clip était comme un court-métrage, j’ai adoré. Tu mets le cd sur la platine et c’est impossible d’arrêter, c’est comme un film. J’aime la musique comme ça. Peut-être que le fait que je vienne du classique explique que je compose de manière plus alambiquée, moins directe. C’est plus difficile de faire un one shot et je ne suis tellement pas dans l’optique de faire un truc commercial. Ca se voit d’ailleurs, je rame bien à cause de ça (rire).

Quel regard portes-tu, avec le recul, sur ton passage à la Star Academy, qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Ce n’était pas une erreur de parcours et ça m’a apporté le bonheur de jouer en live tous les vendredis soirs, de faire 2/3h de direct. Aujourd’hui, quelles sont les émissions où on est tous en direct ? C’est une expérience qu’on ne pourra jamais me retirer. Actuellement je suis en répétitions pour mes futurs concerts et je me sers de cette concentration ultime du direct. La télé c’est une expérience tellement incroyable que rien que pour ça je suis heureuse de l’avoir fait. Mais je n’étais pas du tout faite pour ce type d’émission. J’ai une personnalité bien trop introvertie, je n’étais pas là pour amuser les gens. J’ai pris ce qu’il y avait à prendre en me disant que ça allait me faire connaître d’un public un peu plus large, mais toute la machine qui allait avec n’était pas faite pour moi. Et d’ailleurs je n’en ai absolument pas profité en sortant. J’ai refusé tous les fausses paparazzades, de vendre ma vie privée aux journaux. Je n’ai pas joué le jeu sciemment, je n’avais pas envie de pactiser avec le diable. J’assume le fait que finalement ce n’était pas fait pour moi.

Aujourd’hui je suis forte de ça et les gens s’en souviennent un peu et pas en mal. Très vite, après je suis revenue en studio, à la composition, comme si ça avait été une parenthèse… pas très enchantée. Une sorte de formation accélérée en fait. Point barre. Après j’ai rebondi tout de suite, il fallait que je continue à faire mes trucs et puis j’ai bien vu qu’au final pas grand monde ne suivait derrière donc j’ai taillé la route. J’avais envie de continuer d’avancer, de ne pas attendre que les choses viennent car rien ne vient tout seul.

Que vas-tu présenter lors de ta résidence de concerts aux Déchargeurs ? Comment appréhendes-tu ça ? Est-ce qu’il y aura uniquement des chansons du dernier album ?

C’est extrêmement excitant parce que sur Lisa je n’avais pas pu le faire et sur Star Ac ça ne concernait pas mes titres, donc j’étais un peu frustrée. Là, l’album étant sorti, je monte sur scène pour jouer mes titres. Je me sens toute nue. Je ne joue pas ma vie mais d’une certaine manière si. Je suis tellement profondément artiste, j’ai tellement ça en moi depuis toujours que d’une certaine façon j’ai l’impression qu’il ne faut pas que je me plante. J’ai la chance que ce soit une toute petite salle et je vais essayer d’emmener le public dans mon univers pendant une heure et je suis très excitée par ça, par ce fil que je vais essayer de tendre. Je vais essentiellement interpréter les chansons de mon dernier album, parce qu’il faut que je les joue, parce que j’en ai besoin. C’est très frustrant de sortir de studio, d’avoir fait trois prises et puis de se demander ce qu’on va faire après. Tu as ton album sur bandes mais tu ne le chante plus.

La scène c’est vraiment le rendez-vous pour se mettre les titres en bouche. Là on sera trois musiciens alors que sur l’album on est minimum cinq sur chaque titre, donc forcément on retravaille l’univers de chaque chanson. Il y aura aussi des reprises. J’ai d’ailleurs hâte de voir les réactions des gens sur certains choix d’artistes. Et il va se passer autre chose que simplement de la musique sur scène. Je suis passionnée par la photo et les collages, il va y avoir des petites surprises par rapport à ça.

Tu as financé ton dernier clip grâce à un site participatif et tu fais la même chose pour tes concerts. Est-ce qu’on arrive à vivre en tant qu’artiste indépendant aujourd’hui ?

Ce n’est pas évident mais encore une fois je revendique ce choix. Je préfère me dire que c’est peut-être un peu compliqué dans ma vie personnelle mais que professionnellement je continue à avancer et je pense beaucoup aux gens qui me suivent depuis Lisa ou depuis Star Ac. C’est un peu ça mon moteur, d’avoir des choses à donner et d’avancer coûte que coûte. Je fais tout ça sous l’aile de Lib Productions mais j’espère bien décrocher un distributeur, qu’à la suite de ces concerts un tourneur va me remarquer pour reprendre un peu le bébé puisqu’effectivement ça a une limite. Il faut qu’il se passe quelque chose, il faut qu’il y ait une rencontre professionnelle. Je ne pourrai pas naviguer ma petite barque à la rame encore des années, c’est clair. Mais en attendant je suis toujours là et c’est ça qui est important pour moi.

Pour terminer un dernier mot pour nos lecteurs ?

Quand on veut, on peut ! Il faut y croire toujours. Ne rien attendre des autres et s’accrocher, élever les choses vers le haut, c’est très important. J’essaye de me le dire tous les jours quand je me lève.

Merci beaucoup Elfy d'avoir répondu à nos questions. On rappelle que ton album L dit est toujours disponible et que tu le présenteras en live au théâtre Les Déchargeurs du 14 mars au 20 juin tous les jeudis à 20h. Bonne continuation !

Merci à la brasserie Zimmer de nous avoir accueillis !

Références :

Site officiel d'Elfy Ka !
Page Facebook officielle d'Elfy Ka !

Pour en savoir plus sur Elfy Ka :

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